Y pas que l’école qui compte !

En cette période de proclamations de résultats, l’avenir de beaucoup de jeunes va être « bousculé ». Pour ceux qui réussissent, c’est une route qui se poursuit ou de nouvelles portes qui s’ouvrent. Pour tous les jeunes mis « hors-jeu » par l’école, c’est un couperet dont il peut être difficile de se remettre. Cette évaluation certificative est certes nécessaire si l’on souhaite avoir un point de référence commun. Cependant, ce que propose l’école est-elle à l’image de l’ensemble des compétences du jeune ? Quel avenir doré pour les cancres ?

L’évaluation formelle en question

Si les méthodes actives prennent de plus en plus de place dans l’enseignement, permettant à l’élève de résoudre des situations qui donnent sens aux apprentissages, les examens restent, quant à eux, très formels. Dans un certain contexte, un élève « x » est confronté à une épreuve « y », imaginée par un enseignant qui sera amené à évaluer le jeune en fonction de critères objectifs mais aussi d’appréciation très subjectifs. En conseil de classe, la décision finale se construit en fonction des critères parfois très différents des enseignants autour de la table, sous forme d’un consensus, pas toujours satisfaisant. Quoi qu’il advienne, le couperet tombe. S’il est négatif, il peut avoir un effet destructeur sur le jeune : diminuer sa confiance en lui, influencer le regard que la société lui porte et cela peut lui fermer de nombreuses portes.

Des compétences négligées par l’école

Or, tout le monde sait que ce système d’évaluation, s’il réussit à certains, ne permet pas à d’autres de mobiliser leurs compétences. Ces élèves sont en rupture avec l’institution scolaire et avec son rapport au savoir. Pourtant, ils peuvent exceller dans d’autres contextes. Ainsi par exemple, Jérôme, 18 ans, issu d’un milieu aisé, doté d’une culture générale et d’un esprit critique extraordinaire. Il excelle dans certains cours, mais éprouve des difficultés dans d’autres (soit parce que la façon d’aborder la matière ne lui parle pas, soit qu’il ne parvient pas à satisfaire les exigences de l’enseignant). En fin de rhéto, il se voit arrêté et n’obtient pas son diplôme. Déclaré en échec par le système scolaire, il se relève cependant, part un an offrir ses services aux pays en voie de développement avant d’ouvrir sa propre boîte de publicité. Ce qui prouve bien que des compétences pour être citoyen et travailleur, il en avait pourtant. Alors, pourquoi l’école ne les a-t-elle pas mises en avant ?
Force est de constater que l’école n’évalue qu’un certain type de compétences et en néglige d’autres. C’est à cette conclusion que sont arrivés des chercheurs qui ont sorti un livre aux Presses universitaires de Namur afin de former les enseignants à l’enseignement de ces compétences négligées par l’école.

Des compétences valorisées dans le secteur de l’éducation non-formelle

Selon Philippe Meirieu, « La famille est le lieu de la construction de l’origine – qui n’a rien à voir avec la simple découverte du « commencement » – et de l’inscription dans une histoire singulière. L’École est le lieu de l’accès structuré à l’altérité et de la transmission des savoirs. Ces deux lieux, traditionnellement en rivalité dans notre histoire éducative, ne peuvent trouver leur articulation que grâce à l’existence d’un « tiers-lieu ».

Ce « tiers-lieu » dont nous parle Philippe Meirieu permet aux jeunes de côtoyer d’autres jeunes, mais aussi des adultes dans un autre contexte. Il s’agit généralement des milieux associatifs comme les organisations de jeunesse, les compagnonnages, les maisons de jeunes, etc. Le jeune se retrouve alors dans un contexte qui lui demande de développer des compétences « autrement ». Une occasion pour le jeune de prendre des responsabilités, de développer une certaine autonomie ou une capacité à travailler en équipe, de développer des compétences relationnelles ou techniques. L’évaluation dans ce cadre particulier est généralement d’ordre non-formel : un entretien individualisé, un dialogue constructif qui permet au jeune de s’auto-évaluer, et de recevoir des commentaires constructifs qui lui permettront d’évoluer en se basant sur ses forces. Cette évaluation dite de progression a pour avantage de renforcer la confiance en soi et la conscience des chemins qu’il peut encore parcourir.
Ne négligeons pas l’influence qu’ont nos OJ dans le développement des compétences individuelles et collectives. Accordons du temps à mettre en place des évaluations qui permettent à chacun de grandir au-delà de ses résultats scolaires, faisons confiance dans la capacité de chacun à progresser dans un contexte qui donne sens à son action.

Nathalie Flament
Coordinatrice de formation
nathalie.flament@resonanceasbl.be