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Wikileaks ou la vérité à tout prix
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10/12/2010

Le site Wikileaks a beaucoup fait parler de lui ces derniers jours, par l’intermédiaire de son créateur, Julian Assange. Ce dernier a comme objectif une transparence des gouvernements, et donc la vérité sur leurs décisions et méthodes. Ses opposants l’accusent d’être partial et de mettre des vies en danger. Qui détient la vérité ?

Abolir le secret officiel
On parle beaucoup dans la presse ces derniers jours de Julian Assange, créateur et principal animateur de Wikileaks. Lancé en 2007, ce site, vu comme l’agence de renseignements du peuple par son fondateur, a comme finalité de changer le monde par l’abolition du secret officiel. Il diffuse donc des documents confidentiels et top secrets, parfois à grande échelle. Le but recherché est d’augmenter la transparence dont certains gouvernements démocratiques manquent. Cette idée lui vient de son Queensland natal (Australie), dans lequel les gens se méfient d’un Etat interventionniste susceptible d’être corrompu s’il est laissé à lui-même.

La méthode employée est celle du journalisme scientifique. Le lecteur doit pouvoir vérifier l’information divulguée. Pour cela, l’outil informatique offre des possibilités intéressantes : en cliquant sur un lien dans un article posté, le lecteur peut consulter le document à l’origine de l’article. Il peut se faire une opinion sur la véracité de l’information et sur la manière dont le journaliste l’a traitée. Et c’est bien là la base d’un “wiki” : une construction collaborative, ouverte à tous dans laquelle chacun a accès à l’information pour se faire une opinion propre.

Pour ou contre ?
Du côté des partisans de Wikileaks, on retrouve ceux qui partagent la vision de Julian Assange qui souhaite que les fuites poussent à un assainissement des pratiques. En cela, il est un anarchiste au sens premier : l’absence de nécessité d’un pouvoir gouvernant, car chacun se comporte dans le respect et la responsabilité. Dans un tel système, la vérité ne fait peur à personne, puisque personne n’a rien à cacher. Reporters Sans Frontières, par exemple, condamne les tentatives de blocage de certains gouvernements occidentaux en faisant le parallèle avec les pratiques de pays comme la Chine. La censure y est devenue un “sport gouvernemental”. Et en Chine, justement, un site similaire à Wikileaks a vu le jour. Dans cette patrie, il est bien nécessaire de faire évoluer la transparence du gouvernement. Cette initiative ravit donc les sympathisants du site de Julian Assange.

Outre les gouvernements attaqués par les révélations de Wikileaks, certaines voix se lèvent pour s’opposer à la diffusion, parfois déferlante, d’informations. Leurs arguments ? Certains documents diffusés mettent la vie d’individus en danger, vies sur lesquelles les gestionnaires du site n’ont aucun droit. Pour les détracteurs, certaines révélations ne sont pas à faire publiquement, à moins de chercher la confrontation ou de mettre la sécurité en danger. The Times fait partie de ceux-là et accuse Wikileaks de partialité. D’après le journal britannique, “Les révélations [de Wikileaks] servent un seul aspect de l’information et ses membres interviennent dans les questions de sécurité des démocraties occidentales et de leurs alliés, avec un manque coupable de prise en considération de la vie humaine”.

Guerre informatique … du pouvoir
L’opposition de ces deux camps s’organise en une “infowar” ou guerre informatique entre les gouvernements d’un part et les acteurs du Web, maitrisant les nouvelles technologies d’autre part. Le monde politique, en particulier les gouvernements français et américain, incite différents services du Web utilisés par Wikileaks à se positionner et font même pression pour qu’ils bloquent l’utilisation de leur service au site. Est-ce le rôle du pouvoir exécutif ? D’autant plus qu’aucune décision de justice n’a été prise… Au-delà de la discussion sur la pertinence des informations du site de Wikileaks, ce sont les réactions à leur diffusion qu’il est intéressant d’analyser. Les enjeux qui se révèlent sont fondamentaux pour le futur de la construction en réseau.

La vérité est ailleurs
Entre les arguments des uns et des autres, il devient difficile de voir clair. Chacun défend une « vérité ». Si l’on en croit ses détracteurs, la vérité diffusée par Wikileaks serait partiale. Mais celle des gouvernements attaqués par le site ne semble pas l’être moins. La vérité serait donc ailleurs ?

Un CRACS est, entre autre, critique. Cela sous-entend qu’il s’informe et prend en considération plusieurs points de vue, consulte plusieurs sources. Si les révélations de Wikileaks sont critiquables sur certains aspects, elles offrent cependant un autre regard sur les événements. Elles constituent une source originale, élargissant le panel d’informations qui permet à un CRACS de se forger sa propre opinion.

Il est donc important d’avoir accès à plusieurs « vérités ». Si un Etat impose un seul point de vue, il ne respecte plus les principes démocratiques. Le rôle des médias peut alors devenir essentiel dans l’équilibre des pouvoirs.

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique – ICC
cedric.delongueville@icc-formation.be

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