Vous avez été déconnecté de votre banque...

L’annonce du démantèlement probable de Dexia a provoqué un mouvement de panique chez les épargnants : ils ont retiré de leurs comptes une somme totale de 300.000 euros en liquide. Faute d’interlocuteurs adéquats, les titulaires de comptes préfèrent les vider. Cela traduit le manque de confiance grandissant dans les banques. Comment pourrait-il en être autrement quand les banques deviennent un mystère total pour les clients ? Davantage de « net-banking », de machines… Les banques sont-elles complètement déshumanisées ?

Les banques déconnectées de la réalité

De plus en plus de guichets se ferments, et de moins en moins d’opérations y sont possibles. Il n’est pas rare qu’un guichetier répondent "cette action doit s’effectuer via le guichet électronique". Quel contact reste-t-il avec les simples utilisateurs comme vous et moi ? Les tâches de gestion de compte aux guichets ou en ligne se complexifient et les compétences informatiques qu’il faut maîtriser pour les effectuer se multiplient. Certains usagers moins familiers des nouvelles technologies, comme des personnes âgées, se retrouvent parfois bien seuls face à ces machines, quand ce n’est pas l’accès difficile pour les personnes à mobilité réduite qui pose problème... sans compter l’exclusion des malvoyants ! (avez-vous déjà vu des touches en braille ?) Les banques, jusqu’à preuve du contraire, font partie du secteur tertiaire, celui des services. Au quotidien, on constate bien souvent que le seul service offert, c’est la mise à disposition des machines… et c’est tout !

Le modèle de la banque "à tout faire" remis en cause

Certaines voix s’élèvent, notamment dans la commission Vickers en Angleterre, pour proposer une séparation des banques de dépôts des banques d’investissement. C’est dans ces dernières que les organismes bancaires, par l’intermédiaire des traders, financent les investissements risqués en vue de libérer des liquidités quand elles viennent à manquer. Elles jouent donc avec de l’argent, celui des épargnants dans les banques de dépôt. L’idée du rapport Vickers est de protéger l’épargne des particuliers, d’offrir plus de liberté et de choix pour les clients des banques, et d’éviter que l’État ne doive intervenir pour sauver les établissements en faillite. Ce qui paraît fort à propos quand on connait les salaires indécents que gagnent les dirigeants des banques.

Cette solution est loin de faire l’unanimité. Si les banques françaises dites universelles ont bien résisté à la crise de 2008, c’est justement parce que leur activité est diversifiée. Le lobby bancaire avance l’argument que les emprunts deviendraient moins faciles d’accès et plus chers. Des analystes prétendent que cette séparation n’empêcherait pas une nouvelle crise, cette dernière étant économique plus que financière. Le cœur du problème est la croissance à crédit, qui provoque un système en équilibre incertain autour de l’endettement, public ou privé. C’est donc tout un système économique capitaliste basé sur le profit et la croissance perpétuelle qu’il faudrait modifier pour éviter d’autres situations de crise futures.

Ces psychopathes qui jouent avec notre argent

Les rois de ce système sont ceux qui produisent de l’argent. L’un des meilleurs moyens pour cela est de jouer en bourse avec cet argent. Les traders sont devenus maîtres dans l’art de faire de l’argent… avec de l’argent, en utilisant des méthodes parfois frauduleuses sur de très grosses sommes. Une étude suisse en a confronté les profils d’un groupe de traders à un groupe de psychopathes. Il en résulte que les traders auraient moins de scrupules, seraient plus manipulateurs et plus agressifs que le groupe de psychopathes auxquels ils ont été comparés. Ils ont de plus, dépensés beaucoup d’énergie à nuire à leurs adversaires.

Ce qui est inquiétant, c’est que malgré les quelques cas qui ont dérapé, provoquant de lourdes pertes à leur banque (Leeson, Kerviel, Abodoli), il semble qu’on leur laisse toujours tout faire.

Face à ce système basé sur l’argent produisant de l’argent, des initiatives comme celle du CREDAL, qui prône des valeurs sociales et de solidarité, nous laisse entrevoir que d’autres solutions existent. A chacun de nous de choisir le système qu’il veut entretenir !

Cédric De Longueville
Permanent pédagogique – ICC
cedric.delongueville@icc-formation.be