Votre Noël, avec ou sans esclavagisme ?

Pas toujours facile de trouver les cadeaux de fin d’année. Entre les pubs de jouets, les derniers gadgets à la mode, l’envie de faire plaisir et la crise économique, le cœur, le porte-monnaie et les vitrines sont déchirés dans une équation inégale. Et encore davantage quand on creuse sur les conditions de production des jouets. AchACT s’est penché sur le cas de Mattel ; combien faut-il de travailleurs exploités pour faire une Barbie bling-bling ?

La télévision se transforme systématiquement en lavage de cerveaux pour enfants de la mi-novembre au Nouvel An. À coups de couleurs vives, de messages on ne peut moins subliminaux, les réclames du petit écran martèlent nos rétines d’appels à la dépense. En première ligne de mir, les enfants, à l’aide des grandes franchises à succès des consommateurs en culottes courtes. Entre Bob l’Eponge, Dora l’exploratrice et l’indétrônable Winnie the Pooh, les objets se multiplient à l’envie ! AchACT a analysé un rapport concernant Mattel, la plus grosse entreprise du secteur et surtout les usines à qui sont sous-traitées les productions des jouets.

En effet, China Labor Watch, une ONG chinoise basée à Hong-Kong, a publié des résultats d’enquête en novembre 2011. Les données sont accablantes sur la durée du temps de travail dans les usines, à raison de 11h par jour, 6 jours sur 7. De plus, les salaires sont très bas à cause d’exigences de production drastiques... et utopiques ! Conséquence : à chaque retard ou manquement, les travailleurs subissent amendes ou sanctions. Plus effrayant encore, les employés doivent demander la permission pour aller aux toilettes ou boire un verre d’eau, et pas toute l’usine en même temps ! En plus, chaque ligne d’assemblage a son heure de permission, il faut donc attendre son tour.

Les multinationales profitent de la sous-traitance de firme en firme pour se dégager de la responsabilité liée à la production. Il y a quelques années, l’industrie textile avait été pointée du doigt pour l’exploitation d’enfants (Gap, Tommy Hilfiger ), et les usines IT comme Apple, malgré des conditions de travail de rêve pour les ingénieurs et les cadres, ne traitent pas mieux les ouvriers qui n’ont pas la chance de profiter de la vie de la Silicon Valley. De nombreuses ONG militent pour une plus grande transparence sur les processus de production et les conditions contractuelles qui lient les entreprises entre elles. Localiser la production dans des pays où la main-d’œuvre est nombreuse, et ne bénéficie pas de syndicats de travailleurs avec une véritable concertation sociale, permet de réduire considérablement les coûts et éviter la grogne. Pourtant, cette dernière serait bien justifiée compte-tenu des larges brèches opérées dans le respect des travailleurs !

Un certificat ?

Le Conseil International de l’Industrie du Jouet, ICTI, octroie des certifications aux usines, garantissant que ces dernières ont des pratiques d’emploi honnêtes dans l’industrie du jouet, via son programme CARE. Les fabricants et distributeurs s’engagent également à respecter une éthique de production. En théorie ! En pratique, il n’y a aucune transparence car la fédération ne publie ni les rapports d’audits, ni la liste des fournisseurs pour chaque marque et distributeur.

Les organismes internationaux doivent assurer ce rôle de garde-fous et doivent ouvrir leurs analyses au grand public. Des certificats sont une première étape, qui même imparfaite constitue un premier pas. Les ONG qui travaillent sur ces thématiques apportent une expertise et une vigilance. Prenons conscience que nos gadgets, les objets de consommation qui peuplent notre quotidien ne sont pas toujours fait dans le respect du quotidien d’autrui. Soyons CRACS, devenons conscients !

Laetitia Vignaud
Chargée de communication
lvignaud@cjc.be