Violences policières : un combat de longue haleine

Souleiman, 15 ans, est décédé écrasé par un métro à la station Osseghem. Pour la police et la commune, il s’agit d’un suicide. Pour ses parents, Souleiman fuyait un contrôle de police agressif. Nawal a empêché des policiers de rentrer chez elle sans mandat. Elle a été arrêtée, insultée, frappée et mise nue (par des agents féminins mais en présence d’hommes). Arno, étudiant, a été arrêté et brutalement tabassé pour avoir demandé à un policier qui l’insultait (« Dégage connard ») de lui parler respectueusement [1]. Ces cas ne sont que quelques exemples de la violence, du racisme et de la peur qu’inspire aujourd’hui la police dans nos quartiers.

Face à un abus de la police, le citoyen est désarmé et sans réel recours [2]. En effet, que ce soit le service de contrôle interne de la police ou le Comité P (instance de contrôle ’’indépendante’’ de la police), les plaintes déposées sont très rarement prises au sérieux et même lorsque c’est le cas, les policiers bénéficient souvent de clémence. Les sanctions sont symboliques et lorsqu’elles sont plus sérieuses, ils bénéficient, par exemple, quatre à six fois plus du sursis qu’un citoyen normal [3].

Dans ce cadre, la campagne Stop Répression des Jeunes Organisés et Combatifs (anciennement Jeunesse Ouvrière Chrétienne) organisait pour la troisième fois consécutive ce 15 mars, une manifestation contre les violences policières à l’occasion de la Journée mondiale contre les brutalités policières. Cette mobilisation a rassemblé entre 800 et 1000 personnes dans les rues de Bruxelles. La manifestation était également soutenue par 48 organisations ! L’ambiance de la manifestation était combative et déterminée.

Cette campagne et la manifestation ont pour but de dénoncer une réalité que le monde politique, policier et judiciaire refuse de prendre au sérieux. En effet, les nombreux cas d’abus et de violences commis par les forces de l’ordre attestent d’un réel problème systémique et ne se limitent pas à quelques bavures policières isolées, comme on a l’habitude de l’entendre dès qu’un tel fait vient à être médiatisé.

Dans les rares cas où les victimes portent plainte, l’affaire est généralement classée sans suite (il en est ainsi pour 89% des plaintes [4]). Et lorsqu’elles arrivent à prouver les violences subies, les victimes se voient souvent accusées de rébellion par les policiers incriminés et se retrouvent sur le banc des accusés. Ce laisser-faire de la part de la justice et le refus du politique de prendre les choses en main revient à légitimer les comportements délinquants de la police et permet aux policiers de continuer à abuser de leur pouvoir en toute impunité. Face à cette situation, les jeunes sont en droit de se demander : « Qui les protège de la police ? »

La manifestation a rassemblé une grande diversité de personnes : militants, migrants, travailleurs et jeunes de quartiers populaires. Cela montre à quel point ce phénomène touche un large public. Les jeunes, qui sont parmi les premières victimes de l’austérité (avec une moyenne de 40% à Bruxelles , le chômage des jeunes n’a jamais été aussi élevé), seront de plus en plus amenés à vivre dans la misère et à manifester pour réclamer un avenir.

Face à cette situation, la seule réponse de nos représentants politiques est donnée à grand renfort de policiers et de caméras de surveillance. Tout cela a un coût ! Et pourtant, au nom de la rigueur budgétaire, les politiques diminuent les dépenses sociales et ferment des maisons de jeunes.

La campagne Stop Répression et les JOC sont persuadés que tant que nos responsables politiques ne s’attaqueront pas au cœur du problème de la précarité, la politique répressive du tout sécuritaire ne fera qu’empirer. Nous voulons que l’impunité des policiers cesse et revendiquons des réponses sociales aux problèmes sociaux.

Thomas Englert
JOC
jocbruxelles@joc.be

[1Voir articles de presse quotidienne sur ces cas forts médiatisés.

[2Sur base des témoignages que nous recevons. Nous pouvons aussi faire référence au rapport de la commission contre la torture de l’ONU qui dénonce le manque de transparence et d’indépendance du comité P ou le rapport du comité européen pour la prévention de la torture (2005).

[3Rapport du comité européen pour la prévention de la torture (2005).

[4Rapport d’activité 2011 du comité P.