Vidéos choc : la forme lèse-t-elle le fond ?

Le succès de la dernière campagne de Greenpeace (plus de 150 000 vues sur Youtube en quelques jours) pose la question fondamentale du fond et de la forme dans un débat essentiel pour notre société. Le buzz a-t-il réellement remis le sujet en lumière (le prolongement des centrales) ou, victime de son succès, a-t-il tout simplement alimenté la conversation sur une supposée provocation (images détournées, propos excessifs) ? En d’autres termes, pendant que nous débattons sur l’opportunité d’utiliser l’image d’Elio di Rupo torturé par les « mafieux » d’Electrabel, avons-nous oublié, au passage, de répondre à la question fondamentale de la prolongation des centrales ?

Bien sûr, la campagne de Greenpeace n’est pas une publicité, elle ne vend rien. Bien qu’elle ne s’adresse donc pas à « nous-consommateurs », elle a pour vocation de provoquer et titiller les citoyens que nous sommes, l’opinion publique et le monde des décideurs. En démocratie, l’espace public appartient à tous les démocrates. Dans ses campagnes, Greenpeace s’agite, cogite, étonne et détonne, selon les valeurs qu’elle veut défendre. On peut, bien sûr, choisir de ne pas lutter pour les mêmes causes et pas avec la même â(r)me.

Quand un débat se profile, il est en général plus constructif de se focaliser sur les idées du débat plutôt que la forme que ce dernier prend. Être citoyen, c’est pouvoir distinguer les deux, pour pouvoir se concentrer sur le débat de fond.

Que ceci ne nous empêche toutefois pas de nous poser la « question à l’intérieur de la question » : Acceptons-nous encore d’être contrariés dans nos goûts, d’être effarouchés, heurtés, scandalisés ? Des réactions offusquées sont-elles dignes d’une société qui défend, en théorie, le débat ?

En effet, qu’est-ce qui choque le plus : une fiction qui dénonce des faits ou des faits qui sont banalisés chaque jour sur nos écrans au JT ? Avons-nous, là aussi, perdu notre esprit critique au point de ne plus faire la différence ?

On peut rester atterré de ces images qui choquent, on peut taire ce qu’on a vu et entendu, non sur le fond, mais sur la forme. Dans ce cas, en effet, ce qui fera parler c’est CEUX qui choquent !

Être CRACS, c’est surtout être heurté et scandalisé par le fond, par ce qui est dénoncé. On peut laisser la forme aux agitateurs publics et prendre, à bras le corps, les questions de fond pour les remettre à la surface des débats publics. La question que soulève Greenpeace semble malheureusement avoir été assourdie par le bruit médiatique que le buzz a généré. Remettons la question du fond à l’ordre du jour ! Dans ce cas, en effet, ce qui fera parler, c’est CE qui choque.

Vinciane Hubrecht
Animatrice pédagogique Resonance ASBL
vinciane.hubrecht@gmail.com