Valoriser l’éducation non formelle… Oui, mais comment ?

L’éducation non formelle se définit comme un processus organisé qui permet aux jeunes de développer des valeurs ainsi que des aptitudes et compétences différentes de celles qu’ils développent dans le cadre de l’éducation formelle. Ces compétences spécifiques (appelées « soft skills » en anglais) sont extrêmement variées ! Cela va de la gestion de conflits, du leadership et de la coordination d’équipe à la confiance en soi et au sens des responsabilités. Une autre particularité de l’éducation non formelle tient au fait que les apprenants sont activement impliqués dans le processus d’apprentissage.

Il est évident que les organisations de jeunesse sont des acteurs absolument essentiels de l’éducation non formelle ! Pourtant, lorsqu’un jeune s’engage dans une OJ, il ne le fait pas dans le but d’acquérir des compétences. Il est porté par un désir d’engagement, une volonté de s’impliquer dans un projet ou motivé par une expérience de vivre-ensemble. Aussi, s’il acquiert de nouvelles aptitudes, c’est souvent à son insu !

À cet égard, nous pouvons être interpellés par le fait que les jeunes participants et volontaires ne soient parfois pas conscients du fait que, lorsqu’ils participent ou portent des activités, ils sont également en train d’acquérir des compétences qui pourront leur être utiles, notamment, sur le marché de l’emploi !

C’est la raison pour laquelle des professionnels du secteur de la jeunesse insistent sur l’importance de valoriser, voire, de valider l’apprentissage non formel. Plusieurs projets se développent dans ce sens et l’Europe joue, à ce sujet, un rôle de leader. Ainsi, la reconnaissance de l’éducation non formelle dans le travail de jeunesse a été inscrite dans la stratégie européenne « Education et formation tout au long de la vie ». De plus, un « YouthPass » a été mis en place afin de valider les compétences acquises lors de la participation à des activités non formelles dans le cadre des programmes Erasmus + (chapitre Jeunesse) et Jeunesse en action. Par ailleurs, lors du Forum européen de la Jeunesse, organisé durant la semaine de l’éducation 2014, un débat était organisé sur la question !

Si nous ne pouvons que nous enthousiasmer par rapport au développement d’un travail sur la reconnaissance de l’éducation non formelle, nous pointons des dérives potentielles.

En effet, l’éducation non formelle est une valeur en soi pour le secteur de la jeunesse et nous nous situons fièrement dans une logique complètement différente de celle de l’employabilité ! Aussi, soyons attentifs à ne pas « instrumentaliser » l’éducation non formelle et à ne pas unifier ou limiter les compétences qu’elle permet d’acquérir au champ de l’employabilité. Ne perdons pas de vue « l’ordre » des choses. Les compétences que nos jeunes acquièrent par le biais des activités menées au sein des OJ sont une conséquence de leur engagement et non pas un incitant. La pression de la société et la difficulté que les jeunes ont à trouver un emploi ne doivent pas modifier cette donne. En effet, cela pourrait affecter l’esprit qui sous-tend l’engagement volontaire de nos jeunes et la philosophie OJ, dont le but reste avant tout, de former des CRACS !

Véronica Arduino
Chargée de projets
varduino@cjc.be



Pour aller plus loin sur le sujet :
L’engagement civique des jeunes dans l’éducation non formelle, Forum des politiques éducatives de l’IIPE Paris, 16–18 Octobre 2012

Résume exécutif : L’impact de l’éducation non formelle dispensée dans les organisations de jeunesse sur l’employabilité des jeunes, mandatée par le Forum européen de la Jeunesse

ANALYSE : « La valorisation de l’expérience volontaire » par la Plate-forme francophone du Volontariat