
Cette semaine, la Fedito bruxelloise a lancé un appel à co-signature d’un texte contre une circulaire du Ministre de l’intérieur Philippe Dewael. Celle-ci vise le « renforcement et/ou de l’ajustement de la politique de sécurité locale ainsi que de l’approche spécifique en matière de criminalité juvénile avec, en particulier, un point de contact pour les écoles ».
Circulaire à lire ici
Le Ministre étant le supérieur hiérarchique des fonctionnaires d’un secteur, c’est lui qui donne ses instructions à ses « employés ». Dans ce cas, P. Dewael envers la police. Il le fait via des « circulaires », injonctions à appliquer telles quelles. A la lecture de celle de juillet du Ministre de l’intérieur, on peut frémir !
Voici la critique proposée par la Fédito :
Nouvel avatar du tout sécuritaire actuel, une circulaire du Ministre de l’Intérieur, discrètement parue au Moniteur ce 24 juillet 06, fait-elle office de bans officiels des futures fiançailles entre la police et l’école ? Il y est en tout cas question de « partenariats », d’« engagements », de « conventions »...
Aujourd’hui, il est demandé à la police locale de créer un point de contact permanent pour les écoles de son territoire, comme première mise en œuvre d’un partenariat engagé, précise encore cette circulaire. Un grand nombre d’acteurs du monde scolaire s’inquiètent de la présence de plus en plus permanente des forces de l’ordre dans les lieux d’éducation et de leurs missions de plus en plus intrusives.
La police, gestionnaire du décrochage scolaire ?
La circulaire justifie son existence par les récents événements dramatiques qu’a connus notre pays. Dans ce cadre, cette circulaire traite spécifiquement de la violence, de la menace avec violence et de l’extorsion (le « steaming »), de la détention d’armes par les jeunes. L’Intérieur ne s’embarrasse d’aucune précaution pour désigner les fauteurs de trouble : « les jeunes en décrochage scolaire ». La mission première du fameux point de contact sera donc d’obtenir une transmission d’informations relatives à l’absentéisme. Ce qui disqualifie tous les dispositifs pédagogiques... d’accrochage scolaire !
Toutefois, et selon la police, il existe encore d’autres déviants qui mettent en danger un environnement scolaire sûr. Ce sont des personnes ou organisations qui ont un style de vie et/ou une vision "déviante" et qui pourraient influencer les jeunes d’une manière négative. Il convient d’y mettre le holà en déterminant, d’une manière claire et conviviale (sic) les procédures de renvoi et de collaboration entre la police et les communautés scolaires.
La police sort de son cadre défini dans la loi sur la fonction de police
Il n’est plus seulement question de prévention d’un délit mais de la vision policière du déviant et du traitement qu’il conviendrait de lui administrer. Ce dernier est sans doute assez différente des missions officiellement reconnues aux établissements scolaires. L’école a-t-elle à ce point renoncé à son ambition d’éducation dans la différence ? de soutenir et de stimuler le développement de toutes les personnalités, de tous les styles de vie ? Notre société acceptera-t-elle que l’école abdique son idéal émancipateur pour se transformer en vulgaire auxiliaire de police prompt à la délation ? La police va-t-elle prendre en charge la mission d’éducation, laissant l’enseignement aux écoles ?
L’école est-elle consentante ou n’est-ce encore que le souhait d’un ministre éperdu de politique sécuritaire ?
Injonction est en tout cas donnée aux forces de l’ordre de mettre en place des partenariats, de prévoir un point de contact permanent permettant le développement de conventions pratiques. Il apparaît donc clairement que c’est la police qui est demandeuse et non l’école. Il est même précisé que si la zone [de police] ne connaît pas de problèmes dans ce domaine, il est tout de même fortement préconisé de prendre certaines mesures et initiatives d’une manière préventive et proactive. Dès lors, il semble bien qu’aucune raison valable ne peut s’opposer à la création de ces points de contact permanent.
Cette circulaire illustre par l’absurde la dérive sécuritaire actuelle et les remèdes dangereux appliqués à des problèmes réels. En effet, comment maintenir l’ensemble des jeunes dans le parcours scolaire, parcours complet qui devrait être synonyme de socialisation et d’intégration réussie dans notre société ? L’action de la police à l’école doit être limitée aux cas de force majeure à la demande de l’école. La police est certes très utile mais n’est pas un acteur éducatif. Si les écoles ont des difficultés il convient avant tout de renforcer leurs structures d’encadrement propres. Ces fiançailles doivent être rompues pour éviter le mariage qui verrait un policier au fond de chaque classe...
La FEDITO bruxelloise
www.fedito.be
© Copyright 2010 - Conseil de la Jeunesse Catholique | développement web : Média-Animation | contact webmaster : info@cjc.be