Une année noire pour la jeunesse

JPEG - 11.7 ko

Depuis le lundi 3 février, l’ONEM convoque les demandeurs d’emploi qui se sont inscrits en stage d’insertion professionnelle l’été dernier. 60.000 jeunes [1] sont concernés par ces mesures  : environ 30.000 jeunes diplômés, inscrits comme demandeurs d’emploi et qui prestent leur stage d’insertion et qui, tant qu’ils n’auront pas reçu deux évaluations positives, n’auront pas droit aux allocations. A ceux-ci, s’ajoutent près de 30.000 autres jeunes qui perçoivent des allocations d’insertion et qui risquent des sanctions d’au moins 6 mois, dès la première phase des entretiens à l’ONEM. En effet, lors de leur premier entretien, ceux-ci devront aligner des preuves convaincantes et suffisantes de leurs efforts. D’après le taux d’évaluation négative, frôlant les 50% [2], au premier entretien, 15.000 jeunes en stage d’insertion risquent de voir leur droit aux allocations reporté. Il faut stopper d’urgence ce drame social programmé.

Un printemps noir pour la jeunesse s’annonce… d’autant plus que ces évaluations vont se passer dans des conditions déplorables ; le nombre de demandeurs d’emploi, devant être évalué en même temps, est énorme. Le public devant être contrôlé a été élargi aux personnes qui travaillent à temps partiel avec un complément allocation d’insertion, à ceux ayant une incapacité de travail de plus de 33% et aux demandeurs d’emploi de plus de 50 ans. En outre, le contrôle des demandeurs d’emploi indemnisés sur base du travail doit également être poursuivi.

Jeunes et moins jeunes chômeurs confondus, il est donc estimé, qu’entre janvier 2014 et janvier 2015, 100.000 demandeurs d’emploi [3] vont se faire sanctionner et exclure : 50.000 d’entre eux seront exclus des allocations d’insertion au 1er janvier 2015 ; l’autre moitié sera sanctionnée via le durcissement des mesures appliquées par l’ONEM.

JPEG Ce durcissement de l’activation est indécent à un moment où les pertes d’emploi s’accumulent et où des mesures réduisent encore davantage les opportunités d’emploi.

Depuis dix ans, jamais si peu d’emplois ont été créés. De plus, entre 2012 et 2013, il y a eu 25.389 pertes nettes d’emplois [4]. Le Forem et Actiris ne publient, en moyenne, qu’une offre d’emploi pour 30 à 50 demandeurs d’emploi selon les régions. Ces sanctions sont donc contreproductives car elles éloignent ces personnes de l’emploi. Le gouvernement ferait mieux d’assumer ses responsabilités face au chômage structurel persistant au lieu de faire des demandeurs d’emploi les boucs émissaires de la crise.

La logique cynique et injuste consistant à faire payer la crise à la population ne peut plus durer. Les étudiants et les jeunes travailleurs, avec ou sans emploi, n’ont ni voulu ni provoqué cette crise ! Après avoir programmé l’exclusion d’environ 50.000 sans emploi au 1er janvier 2015, le gouvernement a prévu d’économiser plus de 60 millions d’euros sur le dos des jeunes en stage d’insertion professionnelle. Soit autant de jeunes poussés encore un peu plus dans la précarité ! Les CPAS ne peuvent pas compenser les pertes de revenus pour toutes les personnes qui perdront leurs allocations d’insertion. Ils évaluent d’ailleurs à 97 millions d’euros le surcoût que représentera l’arrivée massive des 50.000 demandeurs d’emploi wallons exclus du système.

Il est urgent de s’attaquer aux vraies causes et responsables de la crise en prenant des mesures fortes : fiscalité plus juste, lutte contre la spéculation et la fraude fiscale ainsi que la création massive d’emplois durables et de qualité !

Pierre Ledecq
Jeunes CSC
pierre.ledecq@jeunes-csc.be

[1Chiffres ONEM

[2Chiffres ONEM

[3Estimation CSC

[4Etude SIBAM