Un vent de jeunesse dans l’hémicycle

«  L’homme est un animal politique ». Cette pensée du philosophe Aristote renvoie à l’essence de la nature humaine qui réside, selon lui, dans la construction de la vie avec nos semblables. Dès lors, toute communauté citoyenne se fonde sur l’échange argumenté et l’élaboration de lois pour garantir le vivre-ensemble et la liberté de chacun. Mais quelle place la jeunesse prend-elle aujourd’hui dans le grand jeu démocratique ? Peut-elle formellement s’exercer à cette pratique citoyenne ? C’est tout l’enjeu des sessions du Parlement Jeunesse (PJ) qui tiendra ses débats durant les vacances de carnaval…

Le Parlement Jeunesse, késako ?

Il s’agit d’une simulation parlementaire d’une semaine durant laquelle une centaine de jeunes âgés de 17 à 26 ans se glissent dans la peau de parlementaires ou de journalistes. Inspiré d’une initiative québécoise, il est décliné en deux environnements : le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le Sénat (chambre haute du Parlement fédéral). Son organisation est assurée par deux A.S.B.L., chacune en charge d’un niveau de pouvoir. Celles-ci sont composées de jeunes (eux-mêmes acteurs du dispositif pour certains) animés par l’envie de partager leur sens civique avec leurs pairs. Et ce, quelles que soient leur origine sociale, géographique, ou leurs conceptions politiques et philosophiques.

Comme les vrais …

Les Députés ou Sénateurs en herbe prenant part à cette expérience sont immergés dans la réalité du paysage institutionnel, à un détail près, celui d’endosser le rôle d’élus du peuple fictif de « Péjigonie » (état au contexte socio-économique similaire à celui de la Belgique). L’hémicycle est donc le théâtre de réels débats de fond concernant des projets de décrets préalablement amendés en commissions. Ces lois relatives aux divers Ministères font écho à des sujets sociétaux tels que la Réforme de la protection des mineurs face à l’audiovisuel ; la politique de migration et d’asile ; ou encore la neutralité en matière de convictions philosophiques dans les secteurs public, privé et dans l’enseignement. C’est ainsi que certains débats ont fait date et révèlent un caractère précurseur dans le climat politique ambiant. Une équipe de néos-journalistes suit également l’ensemble de la session parlementaire et s’active autour de la production quotidienne d’un résumé des discussions dans l’organe de presse officiel qu’est « l’Écho parlementaire », ainsi que de la réalisation d’un Journal Télévisé.

Acteur de sa citoyenneté… et après ?

Au-delà du jeu de rôle grandeur nature offert par cette expérimentation, l’apprentissage de la démocratie. Loin de l’adage philosophique de comptoir « Si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique s’occupera de toi », c’est une véritable intention émancipatrice qui sous-tend ce projet. Comme le souligne le service de presse du Parlement Jeunesse : « Ces jeunes découvriront les rouages de la démocratie, l’art subtil du compromis négocié et la force d’un échange d’idées fait dans le respect de l’autre ». On retrouve la dynamique « par les jeunes, pour les jeunes » dans le processus dont est issu le Parlement Jeunesse, et la finalité CRACS apparaît comme évidente. Et après ? Les décisions prises en vase clos lors de cette simulation sont-elles répercutées auprès de nos instances politiques ? L’idéal ne serait-il pas que nos élus se penchent un peu plus sur les considérations que la jeunesse tend à lui faire entendre ? Pourtant, des études portant sur diverses méthodes de participation citoyenne font état de la potentielle portée politique des informations fournies et l’outil d’aide à la prise de décision qu’elles peuvent constituer. Enfin, alors que de sempiternels baromètres de presse nous dépeignent le soi-disant défaitisme environnant chez les jeunes, ce type d’initiative (comparable, bien que sous une autre forme, à celles des OJ) ne devrait-il pas être davantage relayé dans les médias ? Espérons que ce vent de jeunesse annuel semé dans l’hémicycle contribue à engendrer une tempête de jouvence citoyenne !

Nicolas Kovacs
Chargé de projets et relations extérieures
nkovacs@cjc.be

Crédits photos :
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