Troubles de l’élection : de l’agora à la phobie

A l’heure où vous lisez ces lignes, vos voix ont été entendues ! Elles ont quitté la confidentialité de l’isoloir pour aller se faire entendre auprès des instances du pays et de l’Europe.

Ce matin, vos voix iront tracer les voies de l’Europe et sillonner l’ensemble du pays pour dessiner les contours d’une démocratie qui se veut davantage (re)marquée. Ou pas !

Quelle voix avez-vous voulu faire entendre : celle de l’ouverture de 10.000 nouvelles places d’accueil dans les crèches d’ici 2019 [1] ?, celle d’une politique énergétique, environnementale et climatique européenne permettant à l’Europe d’être un exemple [2] ?, l’idée de consacrer la laïcité de l’Etat belge dans la constitution [3] ?, permettre aux jeunes de devenir propriétaires en payant moins cher [4] ?, ou de reconnaître l’accès à Internet comme étant un droit fondamental [5] ?, la mise en œuvre d’un plan qui prévoit que tous les jeunes de moins de 25 ans se voient proposer un emploi, une formation ou un stage dans les 4 mois qui suivent la perte de leur emploi ou leur sortie de l’enseignement [6] ?

Vous aurez voté pour un traditionnel grand parti ou pour l’un des 101 petits partis - Parlements Fédéral, Wallon et Bruxellois confondus - , histoire de pimenter les assemblées parlementaires et colorer, différemment, l’échiquier politique, en vous souvenant qu’en 2003, la N-VA s’élevait avec 3, 06 % et un seul député alors que sept ans plus tard, elle devenait le premier parti en Flandre, ou en entendant vos parents vous rappeler que le dernier parti émergent était Ecolo en … 1977, l’année où le King et Charlie Chaplin mourraient !

Ce matin, après avoir commenté tous les résultats, écouté tous les débats, avoir suivi – fébrilement – le moindre changement de chiffre aux pourcentages de votes qui départissent les partis, votre réveil est euphorique ou léthargique, vous êtes en position de lever la tête et d’être en totale osmose avec votre tête de liste, ou au contraire, la tête dans le sac, étouffé par des idées loin de vos idéaux.

A l’écoute des résultats, vous souhaitez rejoindre The King sur son île déserte où il réside avec Michaël, histoire d’oublier au plus vite les espoirs mis en la nation et en l’Europe, ou, au contraire, vous célébrez la victoire de la démocratie telle que vous l’aviez rêvée en remerciant Stromae, Arno, le Grand Jojo et l’Eurovision (merci Conchita Wurst ! ) d’avoir été les grands rassembleurs de la Nation, au nez et à la barbe des extrêmes !

Mais quelle que soit l’issue de ces élections, il y a une victoire que ce matin nous célébrons tous et que personne ne pourra nous enlever : celle d’avoir été voter !

Vous n’aurez pas succombé au chant des sirènes vous emmenant loin des urnes avec comme excuse : « Moi je ne peux pas, j’ai poney » ou « Moi je vote pour The Voice et c’est déjà très bien » [7]. Votre devoir de vote, vous en avez fait un pouvoir, celui de donner de la voix et du corps à une démocratie en marche, mais qui n’est jamais à l’abri, un jour, d’être à la marge.

Ce matin, le résultat de ces votes est le reflet de la diversité qui prend ses droits. Avec plus ou moins de solidarité, plus ou moins d’exclusion, plus ou moins de repli identitaire. On criera « victoire », ou l’on restera médusé devant des médias aux images déjà usées d’avoir tourné toute la nuit, nous rappelant combien nos espoirs sont postposés aux prochaines élections.

Ces élections rappelleront, une nouvelle fois, que l’exercice de la démocratie est périlleux.

Quelle que soit la voie donnée par l’électeur pour le pays et pour l’Europe, nos voix, dès ce matin doivent se faire entendre. Pour poursuivre ce qui a été commencé, pour rattraper ce qui a été perdu et pour préserve ce qui nous est « chair ». L’exercice de la démocratie se conjugue au présent continu et nous convoque à chaque instant. La liberté de vote ne va pas sans la responsabilité qui incombe à l’électeur et ce, quelque soit le résultat !

Peut-on rire de tout avec tout le monde ?, se demandait Desproges. On peut penser qu’un vrai démocrate dirait oui.

« Il faut savoir, bande de décadents ramollis de téloche et de pâtés en croûte, que les Grecs sont à l’origine du pire des maux dont crève aujourd’hui le monde civilisé : la démocratie [8] ».

La démocratie n’est pas le meilleur système mais elle crée les conditions qui en permettent l’émergence. Ce n’est donc pas ce qu’elle est mais ce qu’elle permet !

Ici et maintenant, dès aujourd’hui !

Vinciane Hubrecht
Animatrice pédagogique - Résonance
vinciane.hubrecht@resonanceasbl.be

[1Proposition PS

[2Proposition Ecolo

[3Proposition FDF

[4Proposition CDH

[5Proposition Parti Pirate

[6Proposition MR

[8Pierre Desprosges : Fonds de tiroir / Éditions du Seuil, Collection POINTS / / Mots-clés : démocratie