Travailler ou s’épanouir, faut-il choisir ?

Contrairement aux aristocrates des siècles passés pour lesquels travailler n’était pas une activité décente, notre vie tourne autour d’un travail. S’y préparer, s’y former, le chercher, l’occuper... La perspective de travailler façonne notre adolescence, notre vie d’adulte, et définit même notre vie de « retraité ». La valeur travail a-t-elle beaucoup évolué ? Compte-elle autant ou davantage qu’avant ?

Avoir un travail, occuper un emploi est un objectif majeur d’un citoyen. Toute notre existence et nos institutions tournent autour de cette perspective ; une école en apprentissage ? Une formation avec stage ? Des études en alternance ? L’instruction et l’enseignement ne viennent pas seulement compléter notre éducation familiale, mais surtout, sont pensées comme un tremplin vers ce qu’on appelle la vie active.

Travailler pour exister

D’ailleurs, le terme n’est pas anodin, « vie active ». Et quand on ne cherche pas d’emploi, on serait « inactif » ? De nombreux parents au foyer pourraient témoigner que ne pas occuper un emploi n’est pas systématiquement synonyme d’inactivité.

« Que faites-vous dans la vie ? » Cette question valide le fait qu’on est actif dans la société qu’à travers un emploi, des études permettant d’aller vers un emploi, une formation permettant de changer d’emploi… ou une pension bien méritée après avoir occupé un emploi. C’est la petite question classique (qui tue) pour entrer en contact avec quelqu’un ne laisse pas indifférent, surtout quand on ne fait… rien. Rien ? Avez-vous remarqué que répondre par autre chose qu’un emploi très défini constitue souvent une source de gêne ? Comme si, parce qu’on n’a pas d’emploi, on ne fait rien qui soit digne d’être qualifié comme activité. « Je suis entre deux emplois », « je me recycle dans une formation », « c’est un peu compliqué… », « je suis dans une phase intermédiaire… ». Bref, quand on n’a pas d’emploi, ce n’est pas toujours évident de répondre à cette question et de se placer dans l’imaginaire de son interlocuteur.

Travailler pour subsister

Contrairement aux générations précédentes, un seul salaire par ménage est synonyme de risque financier. Là où auparavant il était naturel et surtout viable financièrement, que l’épouse d’un ménage ne travaille pas, de nos jours c’est souvent considéré comme un risque.

Finies les années de prospérité économique où l’avenir était imaginé toujours plus rose que le présent ! Les termes de crise, restructuration, licenciement, précarité obnubilent les perspectives futures. Et le fait de ne pas travailler engendre bien des chimères

Travailler pour gagner

La fameuse phrase « Travailler plus pour gagner plus » a ceci d’intéressant qu’il combine la valeur promue ces 100 dernières années (le travail) avec celle du toujours plus, de l’ambition compétitive. C’est ainsi que lorsque les plus riches deviennent plus riches, les plus pauvres… deviennent plus pauvres. Avec l’idée sous-jacente que quand on veut, on peut, et que si on ne peut pas, c’est sans doute qu’on ne le veut pas. Et ne pas le vouloir, c’est inconcevable, puisque travailler et gagner de l’argent (plus que jamais lié l’un à l’autre) serait notre but dans la vie !

Travailler pour avoir les moyens de faire autre chose que travailler

Pourtant, les générations Y (nées des années 80) et bientôt Z (nées des années 2000), ne portent pas la valeur travail autant que les générations précédentes. La qualité de vie est primordiale, certes, mais se compose d’autres éléments que le salaire et la carrière. Le temps consacré à la famille, aux loisirs, doit être non négligeable et ne doit pas être réduit à la portion congrue.

Génération des enfants « clé au cou », dont les parents travaillaient tard, la génération Y ne veut pas reproduire la parentalité absente caractéristique des années 80 (pour une autre référence série, cf « Madame est servie », famille monoparentale où maman travaille et n’a pas le temps de s’occuper de la maison).

Les termes « bien-être », « équilibre » façonnent de façon sous-jacente la manière dont les jeunes générations abordent les différents aspects de la vie. C’est bien là où réside le nœud entre ces différentes générations qui se côtoient et tentent de travailler ensemble. Travailler c’est bien. Exister, c’est mieux.

Laetitia Vignaud
Responsable Commu-Péda
lvignaud@cjc.be