Tout ça pour ça !

En cette période de blocus, on cherche à optimiser ses révisions et à mieux appréhender les échéances. La performance n’a pas de frontières. Nous sommes prêts à tout pour réussir mais à quel prix ? De par notre société de consommation, nous ingurgitons du coca, de la quinine, des boissons énergisantes, de drôles de remèdes liquides, des médicaments variés sans se poser la question : est-ce bon pour ma santé, est-ce bon pour moi ? Est-ce que cela en vaut la peine ?
Outre cette consommation lourde durant les études, qu’en est-il plus spécifiquement de la consommation de la rilatine par certains élèves ?

La rilatine, un psychotrope si judicieusement utilisée

En Belgique, plus de 31.000 enfants et adolescents prennent de la rilatine. Il s’agit d’un médicament prescrit aux enfants souffrants du trouble du déficit d’attention (TDA) accompagné ou non d’hyperactivité. Ce médicament est un psychostimulant, c’est-à-dire qu’il stimule l’activité du système nerveux central et renforce ainsi l’attention des enfants. Ses effets secondaires connus sont des troubles : du sommeil, de l’appétit ou encore de la morosité. La rilatine ne modifie pas la personnalité de l’enfant, mais doit améliorer son autocontrôle, son attention, sa persévérance et sa réflexion, tout en diminuant son agitation, son niveau d’activité, d’impulsivité ou d’hyperactivité. Ce médicament seul ne peut se suffire à lui-même. Un accompagnement psychologique et thérapeutique et psychomoteur est bien souvent indispensable au jeune reconnu TDA/H afin que celui-ci ne soit plus dépendant exclusivement du seul médicament. Il est à noter également qu’il peut devenir une drogue lorsqu’elle est détournée de son usage médical.

Le problème est-il ailleurs ?

Mieux vaut éviter, par ailleurs, de prescrire la rilatine comme une rustine sur un mal être plus profond. Parce que la procurer à ce dessein est un leurre. Cela aura simplement permis aux parents, professeurs et instituteurs de vivre avec quelques illusions et aux firmes pharmaceutiques d’engranger un certain bénéfice. Ne sommes-nous pas dans cette quête absolue voulue par la société qu’est l’excellence ? Utiliser et régler les problèmes de société par des médicaments ne font que le jeu de la consommation et de la facilité. On prend une petite pilule, on boit un coup et tout s’arrange. Le danger peut être que la personne sent qu’elle ne peut s’en passer. Nous rentrons alors dans la dépendance psychologique. Elle consomme non par plaisir, mais parce qu’elle croit avoir besoin pour se sentir bien dans sa peau et pour mieux composer avec le stress, la peur, la peine, l’angoisse ou les situations difficiles.

Chacun a sa place, chacun reprend un rôle

Au-delà de ces jeunes, pour qui la ritaline est une nécessité, chacun doit retrouver sa place. Les responsabilités sont partagées, entre parents et enseignants parfois trop laxistes, face à des jeunes décidés à faire de leur mieux, à se laisser aller ou même parfois à en remettre une couche. Sans oublier le rôle des médecins, ils doivent prendre le temps de dialoguer avec le jeune et ses parents pour proposer ce traitement à bon escient.

Et notre santé dans tout cela ?

Consommer des médicaments à tort et parfois à travers, croire que consommer des remèdes ou toutes boissons soi-disant énergisantes favorisent un meilleur apprentissage est un leurre ! Croire que l’étude, la concentration, le travail, l’élaboration de démarches intellectuelles s’en trouveront améliorés restent vraiment illusoires. Ne tombons pas dans cette dépendance quelle qu’elle soit qui pourrait affaiblir notre organisme et mettre à mal notre intégrité physique et morale. Et de rappeler que ce n’est pas un dérivatif uniquement qui change l’être.

Jean-Philippe Schmidt
Détaché Pédagogique
jpschmidt@cjc.be