Surprise sur prise !

Cet humour singulier et bon enfant que pratiquent les télévisions, depuis près de cinquante ans, via les caméras cachées ou invisibles est détourné par différents médias connus ou moins connus (le clip « Formidable » de Stromae, France 4 – Cam Clash…) en vue d’être utilisé à d’autres fins. L’idée première de ce détournement a bien souvent pour objectif la sensibilisation à une cause ou à une situation mise en avant par l’utilisateur de cette « nouvelle caméra ». La dimension tragique, courageuse et déviante de l’événement prend le dessus afin de tester (et interroger ?) la réaction des gens. Notre société se contenterait-elle d’une nouvelle sorte de voyeurisme, d’une nouvelle télé-réalité où des incivilités sont pointées du doigt pour stigmatiser notre société ? Au-delà des constats, and so what ?

Prise confisquée

Une caméra cachée [1] ou caméra invisible est le nom donné à un programme télévisé humoristique dans lequel une équipe de tournage plonge des personnes dans des situations invraisemblables (notamment grâce à la complicité de comédiens) en leur faisant croire qu’il s’agit de la réalité. Le but est de les filmer à leur insu pour que le spectateur puisse observer leurs réactions face à cette situation [2]. Aujourd’hui, cet humour n’a plus sa place sur le petit écran, il faut en faire pour la « vraie vie ». Dès lors, les cauchemars de la société apparaissent au grand jour tels, par exemple, la discrimination, le harcèlement, la violence ou encore l’homophobie. Une fausse agression pour voir le comportement des gens annoncerait-elle une réalité bafouée ? Le monde médiatique cherche-t-il une vraie prise de conscience ? La culpabilisation révélée via ces images justifie-t-elle ces actions ? La vie serait-elle un jeu permanent si chacun d’entre nous entrevoit de jouer un rôle dans une pièce pour laquelle il n’a pas été invité ? Comment réagirions-nous face à ces situations ?

Prise à partie

Chacun d’entre nous a un passé composé d’histoires en tout genre qui rend l’humain justement humain. Ne détournons pas le problème en stigmatisant la réaction des gens alors que la vraie problématique se situe plutôt au niveau des incivilités dénoncées par ces images. En effet, ce genre de reportage apporte, au-delà d’un effet moralisateur, un reflet sociologique de la société. L’éducation à la citoyenneté et au civisme, c’est finalement de cela dont parle, entre les lignes, ce genre de programme ; celle-ci semble d’ailleurs faire défaut à tout un chacun. Comment améliorer les choses maintenant que la culpabilité s’incruste ? La citoyenneté se vit au quotidien. Jouer constamment sur l’artificiel pourrait engendrer des situations bien plus graves. Il semble plus utile de travailler plutôt la racine du mal par des situations de prévention et d’éducation à la citoyenneté.

Prise de tête

« Would You React » est l´arme de persuasion massive de deux jeunes Bruxellois. Avec dix capsules chocs tournées en caméra cachée, ils veulent vous persuader que vous pouvez réagir aux incivilités urbaines. L’évidence nous incite à l’extrême prudence dans l’analyse de cette vidéo comme celle de Sofie Peeters - Femme de la rue (Bruxelles), datant de 2012 [3], où le caractère raciste de cette vidéo avait pris le dessus. Tout est analyse et peut devenir prise de tête, l’interprétation et la subjectivité prenant le dessus. Interrogeons-nous sur la possibilité d’utiliser des outils ou grilles de lecture qui faciliteraient un certain décodage de l’information. Il faut prendre ce temps de réflexion, utiliser son sens critique afin de mettre la lecture en perspective. De quoi me parle-t-on, quel message veut-on me donner, qui me parle, dans quel contexte, quel genre d’émission je regarde, quelle capsule m’interpelle et pourquoi etc… pour éviter justement cette possible prise de tête. Pour ce qui est des situations réelles, il importe de pouvoir réagir ensemble face à ces phénomènes. Ces faits existent, il faut pouvoir les analyser et adopter une attitude citoyenne face à eux…

Prise de conscience

Le plus compliqué dans toutes ces situations, c’est de ne pas se limiter à de simples constats. Il faut pouvoir utiliser ces caméras cachées en vue de faire de la prévention et de l’éducation. Tant de thématiques permettront d’ouvrir la réflexion. Cette vraie prise de conscience n’aura plus de surprises car le travail de partage, de discussions, de débat sur ces enjeux majeurs, pour un meilleur respect de l’autre, apparait, dès maintenant, le plus urgent.

Jean-Philippe Schmidt
Détaché pédagogique - CJC
jpschmidt@cjc.be