Stop aux écrans ?

Dans un monde peuplé d’écrans, qu’ils soient de télévision, d’ordinateur, de tablette ou encore de smartphone, tenter de réguler l’exposition des enfants à ceux-ci reste un réel défi. Les chiffres interpellants d’une étude américaine remettent le sujet sur le tapis. Mais qu’en est-il en Belgique ?

Connectés dès le berceau…

L’étude, réalisée aux Etats-Unis par la Pediatric Academic Societies, a pour objectif de déterminer à quel âge les enfants sont confrontés pour la première fois à un écran. Elle vise également à établir la façon dont ces écrans sont utilisés et intégrés dans le quotidien des jeunes américains. Certains résultats de celle-ci sont, pour le moins, étonnants. Ainsi, elle constate que plus d’un tiers des nourrissons de moins d’un an (36%) aurait déjà manipulé un écran qu’il s’agisse d’un smartphone ou d’une tablette. Pour cette même tranche d’âge, l’étude démontre également que 15% d’entre eux aurait déjà utilisé une application et que 12% aurait déjà joué à un jeu vidéo. Concernant la télévision, les données sont encore plus édifiantes puisque l’étude avance que la moitié des enfants de moins d’un an aurait déjà regardé une vidéo [1].

Si les réalités américaines et européennes en la matière diffèrent quelque peu, ces chiffres restent néanmoins interpellants et questionnent le rapport que développent les jeunes enfants face aux écrans et aux nouvelles technologies.

En Belgique, peu de statistiques sont disponibles à ce sujet. La semaine dernière, l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) et le Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM) présentaient les résultats de la première enquête, réalisée au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur la façon dont les enfants de 0 à 6 ans sont exposés aux écrans. Destinée aux parents et aux professionnels de la petite enfance, l’enquête montre que ces deux catégories considèrent l’utilisation des écrans comme étant globalement défavorable à l’épanouissement des enfants. Et ce, alors que les résultats démontrent, qu’en moyenne, chaque famille dispose de six écrans accessibles dans l’espace familial [2]. L’enquête constate, notamment, que 37% des bambins de moins d’un an ont déjà regardé la télévision ; ce pourcentage monte à 90% pour les enfants de 6 ans. Si le média télévisuel reste majoritaire, l’utilisation des tablettes est en augmentation auprès des tout-petits. Ainsi, à l’âge de 4 ans, un enfant sur deux en a déjà manipulé une [3]. Malgré l’aura négative qui entoure les écrans, les parents sont conscients de la nécessité d’éduquer leurs enfants à l’utilisation de ces derniers et s’inscrivent dans une logique d’accompagnement plutôt que d’interdiction. Néanmoins, les parents ne savent pas toujours quelle est l’attitude adéquate à adopter ; l’enquête suggère d’ailleurs de mieux aider les parents dans cette démarche [4].

Régulation fortement conseillée

Les méfaits de la télévision sur le développement des tout-petits ne sont plus un secret pour personne. Le rythme effréné des images et des sons, son pouvoir accaparant ainsi que la passivité qu’elle induit chez le bébé ne sont que quelques-unes des conséquences négatives mises en lumière par les études sur le sujet [5]. Mais les autres types d’écrans ne sont pas épargnés par les dérives physiques et psychiques qu’ils peuvent causer, surtout lorsque la consommation en devient excessive.

Le programme de prévention de la maltraitance Yapaka, très actif sur cette thématique, constate qu’ « à tout âge, le temps passé devant les écrans est un temps pendant lequel l’enfant ne joue pas. Or le jeu est une activité primordiale qui lui permet de développer créativité et capacités intellectuelles ainsi que l’acquisition du langage » [6].

Plusieurs campagnes de sensibilisation autour de l’exposition aux écrans et des méfaits de celle-ci sur les plus jeunes ont été réalisées par le programme Yapaka. L’une d’entre elles, intitulée « 3-6-9-12 Maîtrisons les écrans », reprend des recommandations concernant l’usage des différents types d’écrans en fonction de l’âge des enfants. Ainsi, la télévision et les consoles de jeux sont respectivement déconseillées avant l’âge de trois et six ans. Pour ce qui est d’Internet, les enfants de moins de neuf ans sont encouragés à ne pas surfer seul. Enfin, l’usage des réseaux sociaux devrait idéalement être évité avant l’âge de douze ans [7].

Ces recommandations sont envisagées comme des balises ou des points de repère pour les parents face à ces situations. Néanmoins, il ne faut pas faire l’apologie de l’interdiction ; c’est bien l’accompagnement et l’apprentissage qui se doivent d’être privilégiés. En effet, favoriser le développement de l’esprit critique des plus jeunes face aux informations auxquelles ils sont confrontés et l’adoption d’une utilisation responsable des écrans reste des éléments essentiels.

Pas toujours facile…

Si les parents semblent de plus en plus conscientisés aux effets néfastes de la surexposition aux écrans, la régulation est, quant à elle, parfois difficile à mettre en pratique. En effet, le pouvoir attractif et hypnotisant de l’écran de télévision ou d’ordinateur sur les bambins peut, dans certains cas, faire vaciller les meilleures résolutions. Dans un article du Soir, le psychopédagogue Bruno Humbeeck revient sur ce paradoxe vécu par les parents [8] et la panique qui peut en découler.

Accompagner les enfants dans leur découverte du monde virtuel, en veillant aux excès mais en vivant avec son temps, fait désormais partie prenante du rôle des parents mais aussi des différentes structures d’accueil des enfants et adolescents. Tout en privilégiant les contacts directs et les activités communes parce que la vie est bien plus passionnante quand on ne la passe pas seul derrière un écran.

Vanessa Pitaels
Chargée de communication - CJC
vpitaels@cjc.be