Soyez patient, prenez le train !

Chaque jour, des milliers de travailleurs se rendent au travail en train, ce qui leur permet d’éviter le stress des embouteillages automobiles. Toutefois, les retards sur le rail ont été nombreux l’an dernier. Dans son rapport de ponctualité 2011, Infrabel annonce 87% de trains à l’heure (mais la moyenne chute à 81,6 % durant les heures de pointe du soir). Que coûtent les retards aux navetteurs et à la SNCB ? Quel message donne ce taux important de retard aux usagers ?

Problème de locomotive, signalisation dérangée, bétail sur la voie, affluence, densité du trafic… les raisons ne manquent pas pour expliquer les retards et les suppressions de trains. Malheureusement, diffuser une information claire et rapide aux voyageurs semble être une gageure. Cela engendre régulièrement des tensions entre les voyageurs et le personnel de la SNCB qui doit subir le ras-le-bol compréhensible des navetteurs.

Cet hiver, j’arrive à la gare comme tous les matins, aucun retard n’est annoncé. Après 10 minutes d’attente sur le quai (par –5°C !) : pas de train en vue. Sur l’écran d’affichage, le train a disparu, comme s’il était déjà passé ! Au guichet, on nous dit que le train ne roulera pas aujourd’hui… sans autre explication. Et le prochain ? Regard vide d’interrogation de l’employé... On contacte des gens qui montent dans les gares précédentes, qui disent que le train suivant est parti aussi en retard. Sur l’écran, il est annoncé à l’heure ! Au final, un train réduit est arrivé, dans lequel on s’entasse tant bien que mal. Pendant 45 minutes, on est donc restés sans aucune information pertinente ! En 2012, cela paraît complètement surréaliste. Ce jour-là, je suis arrivée au travail avec près d’une heure de retard, d’abord gelée sur le quai, puis étouffée dans le train, et énervée le reste de la journée.

Les retards et suppressions de trains quasi quotidiens ont un impact important sur la qualité de vie des navetteurs, engendrant stress, énervement et perte de temps. Comment récupérer les heures de travail non prestées ou sa crédibilité aux yeux de son employeur ; comment aller chercher ses enfants à la crèche, postposer une énième fois un rendez-vous important ?

À qui coûtent les retards ?

La plupart des retards sont la conséquence d’un matériel vieillissant ou de matériel neuf déjà défaillant… Des améliorations structurelles sont promises avec le plan de transport 2013 et le plan d’investissement 2013-2025 mais d’ici-là les désagréments perdurent !

Le système de compensation des retards de la SNCB permet aux navetteurs d’obtenir une indemnisation pour les retards subis. La SNCB indique qu’elles lui ont coûté un million d’euros en 2011. Or, ces compensations ne sont pas un réel remboursement puisqu’elles sont versées sur un portefeuille électronique destiné à n’être utilisé que pour l’achat de titres de transport. C’est un leurre qui ne coûte rien à la SNCB mais plutôt aux navetteurs qui voient leur temps filer sur les quais et dans les trains sans qu’ils ne puissent jamais le rattraper.

Voiture individuelle : stop ou encore ?

Rendre sa plaque de voiture pour les transports en commun, certains l’ont fait. Mais si l’offre de transport en commun n’est pas correcte (trains fiables et à l’heure, fréquence suffisante, information claire, tarifs raisonnables…) cela ne fait pas le poids face à l’autonomie et à l’indépendance offertes par une voiture individuelle ! C’est en partie le message porté par « En Train », qui rassemble usagers, personnel de la SNCB et associations environnementales.

Être CRACS, c’est opter pour les transports communs chaque fois que c’est possible, mais pour cela, il faut restaurer la confiance des usagers envers ces moyens de transports en proposant une offre fiable et large. La SNCB nous dit y travailler mais nous demande d’être patients. La patience, c’est de toute façon une qualité qu’il vaut mieux développer quand on est navetteur...

Stéphanie Sbrissa
ssbrissa@cjc.be