Soldés ! Mais à quel prix ?

Depuis le trois janvier dernier, nous vivons la période des soldes. Enorme moment de frénésie consommatrice d’un public encore gavé de dinde aux marrons. Tout quidam se rue dans les magasins à la recherche d’une économie substantielle pour son portefeuille. Des questions s’imposent pourtant avant un achat bien souvent compulsif. Prenons-nous le temps de nous interroger sur l’utilité indispensable d’un achat ? En avons-nous réellement besoin ? D’où vient ce produit ? Si bon marché, est-ce possible ? Est-ce bien éthique tout cela ? Que nous cache-t-on que nous ne voulons voir ?

Vêtements « kleenex »

Le dix décembre s’ouvrait un nouveau magasin à la rue Neuve. Une enseigne vestimentaire qui propose des articles à des prix défiant toute concurrence. L’excitation gagne la foule qui n’hésite pas à faire la queue pendant des heures. Quelle démesure, quel foutoir pour des vêtements à trois balles.

L’ensemble du secteur textile vit cette pression permanente sur les prix. En ces temps moroses pour le pouvoir d’achat de tout un chacun, le commun des mortels pense faire une économie appréciable en se ruant dans ces magasins. Et les marques jouent clairement sur le côté addictif de la situation. Acheter, sans réfléchir, des vêtements à petits prix qui ne tiennent pas au lavage. On zappe, on change, on jette. C’est la naissance de vêtements « kleenex ». Et pourtant, ce modèle n’est ni durable, ni bon pour les consommateurs, les travailleurs et l’environnement. D’autre part, des messages de détresse seraient même lancés via l’étiquette du vêtement, comme on lance une bouteille à la mer.

Vêtements en sursis

Suite aux événements tragiques au Bangladesh, les firmes sous la pression citoyenne internationale sont tentées de quitter ce pays pour un autre, la Birmanie par exemple. Un bien pour un mal. Une population précaire en échange d’une autre. Des situations antagonistes et inextricables qui marquent un fossé entre deux mondes. Ces drames sont venus rappeler les conditions de travail déplorables des ouvriers du secteur textile. Mais on oublie bien souvent que ce secteur est une chance d’améliorer leur existence. Il faut donc exercer des contraintes adéquates.

Vêtements propres

Il est possible de réagir face à ce vaste marché. En effet, le pouvoir du consommateur est présent et indispensable. Acheter quand c’est vraiment nécessaire c’est déjà une attitude nouvelle pour la majorité de la population, habituée à une consommation exacerbée. Au moment de l’achat, n’hésitons pas à jeter un regard sur l’étiquette pour déterminer l’origine du bien. Il est possible de faire pression sur les entreprises en revendiquant les droits humains dans le travail. En effet, il serait insupportable de revivre des effondrements d’usines au Bangladesh… Via des associations, la communauté internationale s’est indignée de ces « morts textiles » à répétition et suit deux objectifs principaux : la prévention de nouveaux drames et l’indemnisation des victimes. Enfin, le fait de pouvoir être sûr d’acheter un vêtement frappé d’un label social garantissant les conditions sociales équitables de la fabrication de ce vêtement.

Il existe également des alternatives qui pointent le bout du nez. Aujourd’hui, nous trouvons des magasins de prêt-à-porter qui vendent des vêtements éco, bio ou issus du commerce équitable. Par ailleurs, il existe aussi différents labels et certifications en matière de responsabilité environnementale et sociale. Se laisser tenter par ce mode de consommation renforcera votre attitude citoyen responsable actif critique et solidaire.

Alors une nouvelle garde-robe vous tente-t-elle ?

Jean-Philippe Schmidt
Détaché Pédagogique du CJC
jpschmidt@cjc.be