Soigner autrui, comment le faire aujourd’hui ?

Se faire soigner aujourd’hui peut relever d’un parcours du combattant ou d’un jeu d’enfant, selon le pays dans lequel on a eu la chance ou la malchance de naître. Le rôle du soigneur, comme celui du maître d’école, évolue en ce début de XXIe siècle, mais dans quelle direction ? Pour bénéficier à qui ?

Le monde de la médecine a bien évolué depuis le Moyen-Âge, où l’on se faisait soigner par les plantes, où l’on cautérisait les plaies ou encore se faisait arracher les dents par le forgeron. Les progrès scientifiques et techniques ont pris le devant face aux rebouteux de villages, qui ne se faisaient pas payer pour leurs dons, et sur les médecines douces. Maintenant, on appelle les autres médecines « alternatives », et leurs soins sont rarement remboursés par les organismes nationaux de solidarité.

La conception de la médecine et le rapport que nous entretenons avec le monde médical est de plus en plus dicté aussi bien par nos systèmes juridiques, les alliances des États que le monde économique. Oui, le médecin de famille, de campagne, présent pour écouter et prendre en compte les souffrances de ses patients pour le soigner de façon adéquate est une image qu’on chérit toujours, mais est-ce la voie la plus évidente à pratiquer aujourd’hui ?

Les diplômes passent difficilement les frontières

Travailler dans un autre pays que celui dans lequel on a fait ses études de médecine peut s’avérer un véritable parcours du combattant lorsque le pays qu’on choisit restreint l’accès au corps médical. Ce témoignage pointe du doigt les incohérences des lois qui s’accumulent d’année en année. En effet, en France a été établi le numerus clausus afin de réglementer la profession, mais aujourd’hui la pénurie de médecins a beau être avérée, peu d’efforts sont réalisés pour y faire face.

Les personnes diplômées de Roumanie ont sauté de joie le jour où la Roumanie est entrée dans l’Union Européenne ; cette décision internationale leur a changé la vie, passant du statut « d’étrangers hors UE » à « ressortissant de l’UE ». Triste que la nationalité du diplôme l’emporte sur le besoin de médecin et remette en cause les capacités à exercer...

Les États-Unis et le Canada n’ont pas la réputation de faire jouer la solidarité suffisamment pour mettre à l’abri leurs citoyens. Dans ces systèmes privatisés, les entreprises pharmaceutiques et les sociétés d’assurance ne cherchent absolument pas l’universalité de l’octroi des soins, mais bien le profit. Le film de Michael Moore, Sicko, met en évidence les aberrations auxquelles sont confrontés les citoyens Américains.

Comment encore pratiquer l’activité de soigner, de faire en sorte qu’un patient aille mieux, quand tant de contraintes s’accumulent et constituent des obstacles aussi bien pour le futur médecin qu’un patient ? Les valeurs de solidarité et de bien-être universel devront primer sur celles de profit et de rentabilité. Enfin, devraient. Doivent !

Laetitia Vignaud
CJC
lvignaud@cjc.be



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