Site internet participatif : une forme d’expression citoyenne

De nouveaux sites d’informations fleurissent de jours en jours sur la Toile. Abondamment commentés par les internautes, voire animés par ceux-ci, certains de ces sites relaient des articles d’investigation, mais d’autres uniquement des buzz. Dernier en date, « Newsmonkeys », lancé depuis la Flandre, projette d’être gratuit et axé sur les réseaux sociaux. On en parle aujourd’hui sur nos ondes belges comme d’une révolution… C’est ignorer le foisonnement à travers le monde de sites de qualité, participatifs, lesquels diffusent de l’information gratuitement. Citons par exemple Bondy Blog, Basta ! ou encore Magma. Ils publient des articles complémentaires à l’information de masse, voire à contre-courant de celle-ci.

Des inspirations…

« Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. » C’est avec ces termes que Stéphane Hessel exhorte à passer à l’action à la fin de son essai « Indignez-vous ! ». La génération actuelle d’adolescents et de jeunes adultes s’exprime tant dans l’espace public via des mouvements comme celui des Indignés, que sur la Toile au travers de médias tels que Bondy Blog , Basta ! ou encore Magma. Participatifs, percutants et issus du terrain, ces sites web d’expression et d’information touchent des milliers d’internautes chaque jour. Ils donnent un autre point de vue sur le monde et sur l’actualité, en parallèle ou à contre-courant de la pensée dominante.

« Participatif », qu’est-ce que ça implique ?

En plein dans l’ère du « Web 2.0 », le site participatif n’est pas géré uniquement par des professionnels de l’informatique ou de la communication. Il peut être alimenté par des volontaires, des contributeurs, qui collaborent en vue d’accomplir un projet commun : constituer un ensemble de texte, échanger des savoirs, … un exemple frappant est celui de Wikipedia. Le travail collaboratif demande de s’organiser collectivement, d’échanger des points de vue dans des lieux réels ou virtuels. Au niveau informatique, il requiert des fonctions qui permettent de partager facilement les informations.

Le Web 2.0 implique également l’interaction des internautes avec les pages visitées ou entre-eux via différents moyens : création et mise en ligne de contenu multimédia (texte, photo, vidéo, …), participation à des forums ou encore rédaction de commentaires.

Magma, un site participatif, alimenté en articles par des volontaires

Magma, c’est l’acronyme de Magazine Mixité Altérité, le nom du journal en ligne de l’association. Le site souhaite promouvoir la mixité sociale et culturelle et la rencontre entre jeunes belges et jeunes issus de Pays du Sud, habitant en Belgique, par la publication de portraits écrits photos ou vidéos.

Le magazine en ligne fonctionne grâce aux contributions des volontaires. Le volontariat est une manière pour tous les citoyens et citoyennes de s’investir dans un projet qui leur tient à cœur pour la société. De plus, le volontariat est un système inclusif : il permet au non-professionnel du journalisme de prendre part activement au projet. On peut dès lors inciter une grande diversité de personnes à contribuer au magazine.

Pour autant, « non-professionnel » ne signifie pas sans expérience ou aptitude, que ces dernières soient innées ou acquises. Aussi, afin d’outiller les volontaires, il faut mettre en place un processus de formation et d’initiation au journalisme citoyen. Chez Magma, cela se traduit par des comités de rédaction mensuels et un suivi régulier. Il s’agit aussi de formations aux techniques multimédias, à l’interculturalité, aux relations Nord-Sud et à la déontologie journalistique. Les contributeurs volontaires de Magma ont de nombreuses occasions de se rencontrer en chair et en os, ce qui soude l’équipe de rédaction.

Former des contributeurs citoyens

Aussi, la participation à un site participatif en tant que contributeur volontaire amène ainsi à s’impliquer comme citoyen mais également à se former. Dans le cas de Magma, l’association propose de se former aux techniques de portraits telles que l’écriture, la photo ou la vidéo. La déontologie journalistique est abordée notamment dans l’aspect des droits à l’image, des droits d’auteurs et en réfléchissant à la manière de relayer la parole d’une personne. Puisque Magma souhaite promouvoir la diversité culturelle et sociale, le dialogue et la rencontre entre jeunes du Nord et du Sud en Belgique, les volontaires abordent des questions plus théoriques telles que les formes d’intégration « assimilationniste » ou « multiculturaliste », ou les conflits dans les Pays dits du « Sud ».

Avoir un impact sur les internautes pour provoquer leurs réactions

Pour qu’un magazine en ligne participatif fonctionne, il faut entre autres avoir un impact pour provoquer les réactions des internautes. On peut estimer l’impact en s’intéressant à la manière dont les internautes diffusent les articles entre-eux, notamment via réseaux sociaux. Cette diffusion est appelée viralité. Les commentaires laissés sur les pages d’un site sont une preuve du type de réactions provoquées. Dans le cas de Magma, les internautes réagissent aux articles, photos et vidéos via les réseaux sociaux. Ils « likent » la page facebook du site ou les articles eux-mêmes et laissent des commentaires en bas de page.

Interactions stimulantes ou cyber haine ?

Les sites participatifs sont des espaces virtuels où les jeunes peuvent s’exprimer. Cette interaction sur internet, lorsqu’elle est constructive, rejaillit sur le réel. Elle peut renforcer l’engagement citoyen et certaines mobilisations telles des rencontres culturelles ou des manifestations.

Le revers de la médaille est sans aucun doute la « cyber haine ». Ce mot recouvre toutes les déclarations de haine postée sur internet, qu’elles soient racistes, sexistes ou encore homophobes. Cette haine se déclare aussi à l’encontre des convictions philosophiques ou religieuses, du handicap,…

Pour encourager les contributions et interactions constructives sur les sites participatifs, il faut donc soutenir la formation citoyenne en complémentarité avec l’éducation aux médias pour les jeunes. Cela passe par le soutien aux associations, notamment aux organisations de jeunesses, lesquelles forment les jeunes aux enjeux d’un internet citoyen.

Amandine Kech
Chargée de projets - Commission Justice et Paix
amandine.kech@justicepaix.be