Sexy, nos ados ?

La sexualité est omniprésente dans notre société à travers la publicité, la télévision ou internet. Les médias en général sont une vitrine facilement accessible aux plus jeunes. Quelles références sont mises en valeur pour nos jeunes ? Sont-ils en danger comme le prétendent certaines études ? Sont-ils surexposés à la sexualité ?

Les stéréotypes sexuels présents dans les publicités, les médias ou sur Internet se répandent également chez les plus jeunes voire les très jeunes. Les images véhiculées dans la société médiatique entre autre renvoient de plus en plus souvent à des attitudes, des poses à connotations sexuelles. Cette question a été soulevée récemment dans plusieurs quotidiens, dans la Libre Belgique, et dans le Soir.

Ce phénomène, appelé hypersexualisation a tendance à se développer. L’hypersexualisation se définit, selon une étude du Crioc, comme le fait de "donner un caractère sexuel à un comportement ou un produit qui n’en a pas en soi. C’est un phénomène de société selon lequel de jeunes adolescents adoptent des attitudes et des comportements sexuels jugés trop précoces". Concrètement, les exemples ne manquent pas ces derniers temps : publicités provocantes, photographies ou défilés de mode où de très jeunes filles posent en tenue sexy, sous-vêtements et bikinis rembourrés pour fillettes de 7-8 ans. Ces techniques de marketing poussent les jeunes à consommer ce type de produits, ou du moins tentent de les influencer. Les médias ne sont pas en reste puisque s’étalent dans les magazines et autres clips vidéos, des poses suggestives que les plus jeunes imitent, sans y percevoir, parfois, la connotation sexuelle.

Concrètement, ça se manifeste comment ?

D’abord dans la tenue, les vêtements sont les principaux indices de cette sexualisation effrénée. Ils mettent en évidence et de manière suggestive certaines parties du corps comme un décolleté, des t-shirts moulant ou décorés de phrases aguichantes, un pantalon taille basse laissant entrevoir le sous-vêtement ou le nombril. Elle se reflète aussi dans l’utilisation d’accessoires et de produits, maquillage, bijoux, sacs à main, talons hauts, faux ongles, tatouages et autres piercings. Ceux-ci renforcent certains traits ou dissimuleraient les défauts.

De plus, l’hypersexualisation met en exergue les transformations du corps comme l’épilation et la musculation entre autre. Ce phénomène renvoie également à certaines attitudes. Par exemple, une façon de se tenir qui peut être perçue comme de la/une disponibilité sexuelle.

Comment y réfléchir ?

On n’insistera jamais assez sur l’importance du dialogue des parents avec leurs enfants mais pas seulement. Dans nos OJ, les animateurs sont parfois, en l’absence de grand(e) frère/sœur, cousin, voisin, les « seuls grands » que l’adolescent connaît et en qui il a confiance. Ces questions, on le sait, sont délicates à aborder et nous mettent parfois mal à l’aise.

Cependant, il est important d’éviter de construire des tabous autour de la sexualité et de parler simplement des valeurs personnelles qui nous sont chères pour leur proposer quelques points de repères dans un domaine où leur curiosité est naturelle. En effet, les jeunes pour se construire ont besoin de limites proposées par leur famille ou leur entourage que ce soit à l’école par leurs pairs ou leurs professeurs, ou encore leurs animateurs en OJ.

Une démarche complémentaire vise à positiver le dialogue sur la sexualité. On peut commencer par parler des sentiments, de la rencontre avec l’autre sexe et des émotions que ces relations suscitent. Nous avons tendance lorsque nous communiquons sur la sexualité à l’aborder sous l’angle des risques (MST, sida, pilule, porno). Il ne faut pas oublier que la sexualité relève avant tout d’un acte d’amour, pas d’une prouesse technique ou physique. Saluons au passage cette exposition ludique, "Zizi sexuel, l’expo" déclinée en site Internet, qui permet d’aborder sans détour le thème de la sexualité avec les plus jeunes.

Ces différents axes peuvent aider nos jeunes à connaître leurs besoins, leurs désirs mais aussi à répondre à leurs préoccupations. La finalité reste de leur apprendre à se respecter et à oser s’affirmer, également dans leur différence.

Les médias, Internet ou la publicité fonctionnent de manière insidieuse, ils proposent des images formatées de la réalité. Notre rôle consiste à apprendre aux jeunes à décoder les messages cachés et à décrypter dans ces images ou les comportements présentés, les connotations sexuelles. Toutes ces actions ont pour but de permettre aux jeunes de se sentir bien dans leurs baskets et d’éviter de renvoyer une image qu’ils ne maîtrisent pas.

Anne-Lise Mallia
Chargée de projet au CJC
almallia@cjc.be