Se souvenir pour construire

Le 8 mai dernier, nous fêtions la fin de la deuxième guerre mondiale, qui s’en souvient… ? Comme il ne s’agit plus d’un jour férié, on ne s’attarde plus à cela… Les plages de Normandie fêteront, cette semaine, leur 70ème anniversaire. Pourquoi commémorer un tel débarquement ? En novembre, il y aura 100 ans que la Première guerre mondiale éclatait… Et ? En quoi ces anniversaires parlent-ils encore aux jeunes ? Donne-t-on encore un sens au devoir de mémoire, au souvenir ?

Bergson [1], grand philosophe français, différenciait le souvenir de la mémoire. Pour lui, le souvenir est de nature spirituelle car c’est un élément de mémoire individuelle tandis que la mémoire est de nature matérielle car elle correspond au stockage de l’information.

Ne faut-il pas donner une dimension particulière à la mémoire ?

Pour ceux d’entre nous qui sont nés en temps de paix, les guerres semblent être un phénomène très éloigné de notre réalité quotidienne. En 1939, le roi Edouard VI énonçait la phrase suivante : « Sans liberté, il ne peut y avoir de paix durable, et sans paix point de liberté durable. » Belle prophétie…

La première raison de cette dimension particulière que devrait revêtir la mémoire est la dette due à la mémoire de ces hommes, qui ne demandaient qu’à vivre et qui sont tombés sous les balles. Le 11 novembre 1918 lorsqu’est signé l’armistice mais également en mai 1945, ce n’est pas un cri de victoire qui s’empare des pays mais plutôt un soupir de soulagement. En effet, pendant quatre à six ans, ils ont traversé la plus dure épreuve qu’aient connue les populations européennes et mondiales dans leur ensemble.

Est-ce nécessaire ?

Qui ne s’est jamais posé la question un jour : pourquoi est-il nécessaire de se souvenir ? Vivre, c’est vivre dans le moment présent et non penser au passé.

Alors que notre monde peut se décrire à certains endroits [2] comme un vaste champ de bataille, de tensions, de révolutions, il est important de se souvenir de notre passé car il est de notre devoir de sensibiliser les plus jeunes à la nécessité de paix !

De même, il est essentiel de garder une trace du passé, de ne pas oublier les victimes de conflits divers afin de retenir les leçons de l’Histoire.

Comment s’en souvenir ?

Il n’y a pas d’histoire sans mémoire. La mémoire [3] existe car elle nous permet d’être conscients de ce que nous voyons, pensons ou apprenons au quotidien. La mémoire représente la faculté de se rappeler des moments de conscience passés. L’Histoire [4] correspond à la science du passé. Ce passé doit être partagé afin de lutter contre l’oubli. C’est pourquoi, garder une trace de ces témoignages [5] semble donc pertinemment bien utile.

Lorsque nous nous souvenons du service et du sacrifice que demandèrent ces deux guerres, nous perpétuons l’importance de la tradition de liberté que ces hommes et ces femmes ont voulu préserver. Ils croyaient que leurs actions apporteraient une différence dans le futur. Or, nous sommes responsables de veiller à ce que leur rêve de paix se réalise. Le jour du Souvenir est l’occasion de souligner le courage et le sacrifice de ceux et celles qui ont servi leur patrie. Nous reconnaissons également notre responsabilité à préserver la paix pour laquelle ils se sont battus.
Il est constructif dans nos associations de nous projeter de manière positive. Il est temps de construire la paix dans nos engagements et nos actions quotidiennes. Nous en parlons, nous y travaillons. Les valeurs telles que la collaboration dans le bon sens du terme, la coopération, la solidarité, l’entraide, l’engagement, l’expertise, le collectif et la pédagogie guident notre action quotidienne pour construire l’avenir sans pour autant oublier le passé.

Jean-Philippe Schmidt
Détaché pédagogique - CJC
jpschmidt@cjc.be