Sauter de l’espace, c’est extrêmement... inutile ?

Le monde s’extasie sur les exploits de Felix Baumgartner qui a sauté de l’espace le dimanche 14 octobre. La science, les sports extrêmes, la conquête de l’espace, le dépassement de soi-même… bien des thématiques touchent à cette performance. Mais que cache cet évènement ? Quelles valeurs met-il vraiment en avant ? Fait-il vraiment avancer le monde ?

On a lu les détails des risques encourus par Felix Baumgartner, les étapes minutieusement décrites de chaque seconde de sa chute, son parcours, les précautions prises… Qu’une personne individuelle réalise ses rêves, bâtisse sa vie autour d’une passion, se réalise à travers des projets, c’est une chose tout à fait respectable et qu’on souhaite à n’importe quel quidam. Cependant, tous les projets n’ont pas la même ampleur et le même impact sur le reste du monde.

Certains sports extrêmes vont de pair avec montants astronomiques et couverture médiatique importante : tours du monde en solitaire de toutes sortes, à voile, en avion, souvent coûteux (matériel, préparation, personnes impliquées...), Formule 1, . Au-delà du défi personnel, ce dernier exploit hautement médiatisé se targue de portées scientifiques diverses. Si on peut allier performance, plaisir et avancée de la science, que demander de mieux ? Mais lorsqu’on voit l’entreprise (qui a construit tout son marketing autour du dépassement, des sports extrêmes…) qui sponsorise l’évènement, il est clair que « bien-être », « santé », « mesures de précaution » ne sont pas des termes associés avec leur image de marque

Le côté scientifique

Les laboratoires de recherche du monde entier dépendent de bourses, de subventions, de parrainage divers et variés. Traditionnellement fournis par l’État pour financer la recherche publique, les subsides viennent aussi d’investisseurs privés qui, comme leur titre le laisse entendre, investissent leur argent en espérant que les résultats leur seront profitables. Rien de nouveau sous le soleil de ce côté ; de grandes entreprises se sont ainsi développées aussi bien au XIXe qu’au XXI siècle ; pas de raison que notre ère menée par la publicité et le marketing devienne championne du financement public…

Grands évènements sportifs, musicaux, parfois même culturels, sont souvent financés par des grandes marques. Ces dernières ne sont parfois même pas liées particulièrement au cœur de l’évènement en question (pourquoi Gaz de France finance les meetings d’athlétisme, Proximus une scène des Francofolies de Spa, Win For Life tous les grands festivals en Belgique en 2012 ?...) Côté marketing, cela donne une image à la marque. Côté évènement, ça donne une liberté financière bien plus grisante que si les deniers étaient uniquement publics...

Et pour les « vrais » gens ?

Bref, sauter de l’espace en annonçant les grands bénéfices pour la science, ça fait bien dans les JT, ça fait rêver dans les chaumières… Mais nous, pauvres quidams aux activités sportives d’une banalité affligeante à côté de cela, en quoi cela nous affecte ? Et l’humanité sort-elle vraiment grandie ? Il y a des avancées scientifiques en santé, en matériaux de construction et bien d’autres domaines dont on peut tirer des bienfaits pour le plus grand nombre. Cet exploit-là n’en fait pas partie. Malgré le joli cachet « c’est bon pour la science », cela reste une performance relevant du projet individuel (ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, entendons-nous bien, qui dit individuel ne dit pas individualiste !) et de l’anecdotique. La performance est impressionnante, les images sont belles, mais de là à trouver normal qu’elle fasse la Une de tous les JT...

Dans la catégorie « je me dépasse au-delà de mes limites », je vous propose d’admirer cette vidéo-ci, qui promeut aussi le dépassement de soi et des contraintes que la vie nous donne, avec un petit côté CRACS qu’on aime bien ! Et parce que transmettre à autrui, c’est bien aussi...



Laetitia Vignaud
Responsable communication et pédagogie au CJC
lvignaud@cjc.be