Rester positif ? Oui mais dans la mesure …

A l’aube de 2016, sur les réseaux sociaux circulait l’image 2016 = JOIE. Pourtant, au regard des deux mois écoulés, on peut se demander si ce message était réellement annonciateur de bonnes nouvelles. En effet, l’impression d’évoluer au sein d’un pic de violence, dans un monde où les crises économiques et écologiques se succèdent, est bien présente… Les médias nous renvoient, continuellement, cette image d’un monde qui va mal. Pourtant, certaines recherches, autour de l’altruisme et des réactions des personnes après une catastrophe, ont démontrés que la violence est en diminution depuis plusieurs années, mais que les médias ont tendance à mettre en avant les faits négatifs, plus vendeurs que les actus positives.

Dès lors, comment faire pour continuer à y croire, garder l’espoir, ou encore continuer à s’engager quotidiennement dans des actions qui ont vocation à vouloir changer le monde ? Il est parfois difficile d’imaginer que certaines personnes font le choix de sortir des sentiers battus, décident de s’engager pour une cause en quittant tout leur confort…

Ces personnes qui souhaitent changer le monde ont-elles quelque chose de plus que les autres ? Au-delà du courage, il y a peut-être une vision positive…

La psychologie positive, une piste à envisager ?
Depuis, quelques années, un domaine de la psychologie s’intéresse aux conditions d’épanouissement des individus et des groupes, il s’agit de la psychologie positive. Jusqu’alors les émotions positives n’étaient pas étudiées ou ne l’étaient qu’à travers l’étude d’une pathologie. Son but est d’étudier et de renforcer les émotions positives ; celles qui permettent de devenir de meilleurs êtres humains tout en éprouvant une plus grande joie de vivre. Ce courant considère, qu’à côté de tous les dysfonctionnements et les multiples problèmes susceptibles d’être rencontrés par un être humain, se développe toute une vie riche de sens et de potentialités.

Emotions agréables VS émotions désagréables ?
D’après Barbara Fredrikson [1] , chercheuse et professeur américain à l’université de Caroline du Nord, les émotions, qu’elles soient agréables ou non, poussent à l’action. Elles permettent d’ouvrir momentanément le répertoire des actions et de la pensée de l’individu et ce, de façon à construire ses ressources personnelles, que ce soit physiquement, par exemple en jouant, en repoussant ses limites ou psychologiquement en développant sa créativité, en explorant et recherchant de nouvelles idées. L’univers intellectuel et affectif des personnes s’y laissant aller s’en trouve élargi, ouvert à de nouvelles idées et expériences. « Elles, les émotions, construisent la force d’âme et influencent la façon de gérer l’adversité, » écrit Fredrickson.

Les chercheurs ont également démontré que les émotions n’entrent pas en contradiction, mais qu’elles se complètent. Ainsi, supprimer la tristesse ne va pas, de facto, induire le bonheur, c’est plus complexe que ça !

Faire le choix d’orienter notre cerveau et donc nos actions vers le bonheur nous permettrait de changer le monde, de sortir de ce qui existe aujourd’hui pour produire de nouvelles idées. S’engager dans cette démarche, c’est aussi prendre le risque de s’exposer, d’être considéré comme différent.

Y croire oui, mais pas à n’importe quel prix ! Pensée positive attention aux dangers
Certains spécialistes et chercheurs ont mis en avant que pour pouvoir positiver ou se féliciter, il est important d’avoir une bonne estime de soi au risque de se détruire plutôt que de se construire. Il ne s’agit pas de nier tout ce qui ne va pas mais plutôt, comme le dit T. D’Ansembourg, psychothérapeute et auteur de « Être heureux, ce n’est pas nécessairement confortable » (Éd. de L’Homme), « “Se mettre en expansion”, “cultiver ses talents” (…), c’est bien, mais ce n’est ni suffisant ni magique. Il faut d’abord aller décoincer ce qui fait mal car si nous ne nous occupons pas d’émotions telles que la colère, la peur, etc., ce sont elles qui s’occupent de nous ! ».

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de positiver à tout va sans lien avec le monde réel. Il faut rester réaliste. Prendre le temps de comprendre son fonctionnement, ses choix, ses manières d’agir… pour savoir sur quelles forces s’appuyer pour rebondir. Dans un premier temps, c’est faire appel à ce qui va bien pour pouvoir aller au cœur de ce qui va mal. Il ne s’agit donc pas d’ignorer l’un ou l’autre, ils sont complémentaires.

Débora Ghislain
Permanente pédagogique - Résonance asbl
debora.ghislain@resonanceasbl.be

Articles de références
http://www.psychologie-positive.net/IMG/pdf/Figaro_24_fevrier_2014_Elevation.pdf
Lautrédou

http://matthieuricard.org/blog/posts/la-psychologie-positive-ne-consiste-pas-a-positiver
Introduction à la psychologie positive, ss la direction de J. Lecomte ed. Dunod

[1Auteur de différents ouvrages autour de la psychologie positive dont" Love 2.0 ces micro moments d’amour qui vont"