Réseaux sociaux : Tous coupables ?

« Ma fille est harcelée sur Facebook », « Le site ASK.fm responsable du suicide de 4 adolescents », « Une ado se suicide après avoir raconté son harcèlement sur Youtube »…
Bon nombre de malencontreux évènements sont, depuis quelques temps, associés aux réseaux sociaux. Ces derniers sont bien souvent montrés du doigt par les autorités, les médias, les parents comme portant une responsabilité dans ces événements dramatiques. On en appelle au boycott, au filtre parental, voire à la fermeture du site. Certains réseaux ont ainsi été contraints de changer leurs pratiques, afin de montrer patte blanche et d’essayer de contrer les critiques qui leur étaient faites.

Ask.fm, le dernier arrivé des réseaux sociaux, est en train d’en faire les frais. Ce site a pour objectif de mettre les internautes en relation par un jeu de question-réponse, la plupart du temps de manière anonyme. « Responsable » récemment du suicide d’une jeune anglaise en août dernier, Ask.fm fut mis sur la sellette par le gouvernement anglais. Le premier ministre, David Cameron, invita même ses concitoyens au boycott. Devant cette pression politique et médiatique, Ask s’est engagé à modifier toute une série de paramètres, pour apaiser la vindicte publique, améliorer son image et éviter d’être à nouveau stigmatisé dans ce genre d’affaires.

Avant d’incriminer les réseaux sociaux, il serait intéressant de nuancer son propos. Le coupable, ce n’est pas le réseau, ou pas seulement. Ce serait apporter une réponse trop facile à un problème trop complexe ; qui ne fait que satisfaire les parents et les autorités ; qui évite de creuser et d’élucider ce qui semble incompréhensible : pourquoi un jeune est-il à ce point désespéré qu’il attente à sa vie ? Pourquoi des jeunes se lancent dans l’expérience terrible du harcèlement et de la maltraitance ? Les réseaux sociaux contribuent à accentuer un phénomène de nuisance en le rendant public, et surtout permanent (de l’école à la maison, le jeune ne peut échapper à ses détracteurs). Non, ce n’est pas Facebook le problème mais l’utilisation que l’on en fait. Non, il ne faut pas fermer Twitter mais conscientiser les utilisateurs aux tenants et aboutissants des tweets qu’ils publieront.

Malgré donc le discours ambiant, n’oublions pas tous les aspects positifs des réseaux sociaux pour les jeunes : la mise en réseau, les contacts aisés entre les jeunes, les canaux de diffusion facilités et accessibles à tous, le partage d’infos de tous types, l’adhésion à des groupes de toutes sortes, l’engagement citoyen, la création artistique collective ou individuelle, …
Plus rarement la presse en fait l’écho. Aurait-elle alors l’impression de vendre son âme au diable ?
Ce serait certes aller à contre courant de la diabolisation généralisée qui entoure certains réseaux sociaux.
Quelle est la solution, alors ? S’il n’y a pas de recette magique, il faut souligner l’importance de l’éducation aux médias, d’éveiller l’esprit critique des jeunes et des moins jeunes. Et de chercher plus loin ce qui pousse un jeune à agir de telle ou telle manière, dans son contexte familial, amical et scolaire.
Et puis qui sait si, d’ici quelques temps, on ne se retournera pas sur ces critiques, avec un petit sourire gentil, parce qu’il y a 60 ans, on faisait les mêmes constats pour la télévision …

Jehanne Bruyr
Action Ciné Média Jeunes
Jehanne.bruyr@acmj.be