Qui pour vivre la citoyenneté ?

Dans le décret Mission de 1997, les pouvoirs publics assignent l’école à rencontrer quatre défis majeurs dont un en particulier : préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures. Qu’est-ce que cela signifie ? De quels moyens l’école dispose-t-elle pour arriver à une telle finalité ?

Le politique s’en mêle

Suite aux événements catastrophiques de ce début de l’année – l’assassinat gratuit des journalistes et caricaturistes de Charlie Hebdo et l’attaque d’une épicerie cachère à Paris – ainsi que l’arrêt de la cour Constitutionnelle du 12 mars, l’école est encore pointée du doigt. Celle-ci sera d’ailleurs le cadre d’un changement notoire avec l’introduction dès 2016 d’un cours à la citoyenneté ainsi que pour l’école publique, la possibilité, dès la rentrée 2015, de ne pas suivre un cours de religion ou de morale. Le cabinet Milquet a donc du pain sur la planche. Ces injonctions politiques et juridiques font réfléchir. Audacieux mais il est sans doute également intéressant de rappeler les règles du vivre ensemble d’une société, de découvrir ce qu’est un citoyen modèle. Un cours de deux heures peut-il amener l’élève à acquérir un visage citoyen ? Est-il possible d’articuler religion et citoyenneté ?

L’école y travaille

Poser la question, c’est déjà y répondre. Des apports théoriques pourront être mis en avant. S’interroger sur comment fonctionne une société, un état de droit mais également sur la question du vivre ensemble et des rapports humains en préservant pour tous le droit à la différence, ça c’est pour la théorie. Mais cette finalité fragile ne peut pas s’acquérir uniquement dans les livres, les leçons et les devoirs. L’école est un lieu de vie, une petite société à part entière où l’expérimentation concrète d’une citoyenneté responsable semble promise. Pour cela, il faut pouvoir accepter que le jeune soit entendu mais qu’il soit aussi moteur d’une responsabilité active dans l’établissement. Des éléments comme l’écoute, la rencontre, l’ouverture, le dialogue œuvrent à la consolidation d’une citoyenneté construite sur un socle solide. Il s’agit là d’une piste – parmi d’autres - permettant de lutter contre la radicalisation.

Le jeune se construit

Et c’est bien là, l’essentiel. Il faut accompagner le jeune dans sa possibilité de développer son sens critique. Œuvrer à la participation de la valorisation d’un savoir-être, pas assez éprouvé, ne peut que profiter à notre société. Aider le jeune dans sa quête d’un projet de vie ou d’un développement personnel apporte et contribue à rendre cette citoyenneté à nouveau valorisante.

Si l’école permet - plus qu’on ne le croit - de vivre une citoyenneté responsable, il faut espérer que le jeune, dans un cadre tout autre, puisse également se lancer, en s’investissant dans l’associatif par exemple, dans cette quête de sens.

Jean-Philippe Schmidt
Détaché Pédagogique
jpschmidt@cjc.be