
Il y a une dizaine de jours, les journaux ont à nouveau consacré leur couverture à la saga Fortis. Une assemblée générale extraordinaire était appelée à voter des mesures tout aussi extraordinaires qui allaient déterminer l’avenir même du groupe financier. Mais comment se passe un vote entre actionnaires ?…
Pour commencer, un petit rappel. A la fin de l’année dernière, en pleine crise financière, le groupe Fortis se retrouve au bord de la faillite. Notre gouvernement fédéral enterra alors un instant la hache de guerre communautaire pour se porter au secours de l’institution financière. Et plutôt deux fois qu’une, puisque l’Etat belge s’est retrouvé (quasiment) propriétaire de Fortis Banque Belgique. Mais la crise, on t’en a déjà parlé. Et puis ici. Et là aussi.
Une précision, maintenant. Fortis (tout court), c’est un holding. C’est à dire, pour faire bref, une société qui détient en tout ou en partie d’autres sociétés afin de coordonner leurs activités – et faire du profit bien sûr. Fortis Banque Belgique, c’est la banque que nous connaissons tous, et dont certains d’entre nous sommes clients. Fortis Banque Belgique est actuellement « détenue » (mais… voir plus loin) par l’Etat belge. Avant cela, elle faisait partie du holding Fortis.
« NON » titrait donc Le Soir le lendemain d’une assemblée générale « historique ». Les actionnaires du holding Fortis ont voté « non ». Non à quoi, d’abord ? C’est extrêmement complexe à expliquer convenablement, et en entier. Et d’ailleurs, je n’en suis pas capable. Disons ici qu’une des décisions que les actionnaires ont prises est d’invalider l’achat de Fortis Banque Belgique par l’Etat belge. Et comme celui-ci espérait ensuite revendre cette banque au groupe français BNP-Paribas pour récupérer des sous, il se retrouve dans une situation délicate.
Regardons plutôt qui a voté et comment ça s’est passé. L’assemblée générale d’une entreprise regroupe en principe tous ses actionnaires. Ceux-ci y prennent les décisions stratégiques importantes, comme par exemple la création ou l’acquisition de nouvelles sociétés, ou la nomination ou la révocation des cadres et dirigeants.
Ces décisions se prennent en votant, avec la particularité que le vote de chaque actionnaire a une importance correspondante aux nombres d’actions qu’il détient. Le principe est donc : une action, une voix. En résumé, les gros actionnaires (détenant beaucoup d’actions) ont (beaucoup) plus de votes que les petits. Dans la pratique, à moins d’arriver à se regrouper en grand nombre, les petits actionnaires n’ont donc pas grand chose à dire.
Dans nos OJ, il y a aussi des assemblées générales. Mais à la différence des assemblées générales des entreprises, la voix de tous y a le même poids. Il n’y a pas de « gros » et de « petits » membres. Qu’on arrête donc de parler de « démocratie des actionnaires ». La démocratie présuppose l’égalité de tous les citoyens. Et il n’y a rien de moins égalitaire que l’économie capitaliste. Solidarité, altruisme ou sens de l’intérêt collectif n’y ont pas leur place. Mais heureusement, ils en trouvent une belle dans nos OJ.
Benoît Lambo
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