Qui a peur de la grande méchante technologie ?

Le suicide de l’adolescente Louise, la semaine dernière, suite au harcèlement d’anonymes sur le site Internet www.ask.fm relance le débat sur les dérives de ces lieux d’expression. En parallèle, les médias regorgent de ces « nouveaux » objets connectés (montres, bracelets, lunettes, et même voitures intelligentes) qui arrivent en masse cette année. Les uns crient au génie, les autres parlent de danger et de déshumanisation…

Une peur primale

A chaque avancée technologique, finalement, c’est la même histoire : souvenons-nous (enfin pour certains) de l’apparition d’Internet, du mail, du gsm, du smartphone ou encore de Facebook. Chaque fois, le débat fait rage entre d’une part, l’euphorie de la trouvaille et des possibilités que cela va offrir aux utilisateurs, et d’autre part les conséquences dangereuses de cette technologie au niveau éthique, comportemental ou même cognitif.

Au final, il s’agit de « domestiquer » cette nouveauté qui s’offre à nous, de la même façon que l’homme a dû le faire avec le feu (rien n’est vraiment différent fondamentalement).

Accepter l’évolution…

Certes, chaque avancée entraîne avec elle une évolution des comportements et de la société dans son ensemble. A chaque fois aussi, les uns montent dans le train en marche quand d’autres restent sur le quai, créant dans la foulée un conflit presque « intergénérationnel » entre les adeptes et ceux qui restent accrochés à leurs anciennes habitudes (que ce soit par choix philosophique, ou parce qu’ils n’en n’ont pas les moyens intellectuels ou matériels).

Jusqu’au moment où cette évolution s’impose par la force et ce sont alors les comportements de toute la société qui mutent ainsi que sa perception du monde.
Est-ce un bien, est-ce un mal ? Ni l’un ni l’autre en fait.

La responsabilité, au cœur du débat

Des dérives surgissent alors immanquablement, avec des conséquences plus ou moins graves, selon les cas. Mais qui est vraiment responsable ? Celui qui invente la technologie, celui qui la rend disponible à tous ou celui qui l’utilise ?

Le phénomène de harcèlement, par exemple, n’est pas lié à l’utilisation d’Internet ou d’un site en particulier. Il a toujours existé et sous différentes formes. Les « corbeaux » ont utilisé les lettres manuscrites et le téléphone bien avant d’utiliser les réseaux sociaux et les sites comme « ask.fm »… La seule différence, c’est que les technologies modernes facilitent le passage à l’acte criminel car elles le rendent à portée de clic. Et cette mise à disposition fait peur… à juste titre.

La même réponse à chaque fois : éduquer !

Milan Kundera a écrit « Si tout homme avait la possibilité d’assassiner clandestinement et à distance, l’humanité disparaîtrait en quelques minutes »… Il a malheureusement en partie raison.

Faut-il pour autant revenir à l’âge de pierre ? Je ne pense pas.

L’acte extrême de Louise nous rappelle à quel point il est urgent que tous les acteurs de ce monde, et en priorité ceux qui encadrent nos jeunes, éduquent, se conscientisent et développent des comportements responsables. Tous le disent et le répètent : il faut ouvrir le dialogue et parler ! Interdire l’utilisation de telle ou telle technologie n’arrangera rien, voire incitera à la transgression sans mesure. Alors, osons surfer sur la vague, restons au courant au maximum de ces nouveautés pour mieux les dompter et informer ceux qui en (ab)usent sans conscience.

Nathalie Flament
Résonance asbl
nathalie.flament@resonanceasbl.be