Quand l’info dérange

Un accident d’avion, 11 victimes, 11 visages, 11 histoires, 11 familles et autant d’amis. Nous l’oublions souvent mais au-delà d’un tas d’informations que nous ingurgitons, c’est l’histoire d’hommes et de femmes. Comment assurer un traitement de l’information digne et éthique ? Certaines photos, certains articles ne vont-ils pas trop loin dans le sensationnalisme au détriment de l’information ?

Entre liberté de la presse et voyeurisme

Les journalistes, les médias et les groupes de presses sont les premiers à défendre le sacro-saint principe de la liberté de la presse. En Belgique, les différentes associations de journaliste se sont mis d’accord sur sa définition.

« La liberté de la presse est la principale sauvegarde de la liberté d’expression, sans laquelle la protection des autres libertés civiques fondamentales ne saurait être assurée. La presse doit avoir le droit de recueillir et de publier, sans entrave, informations et commentaires pour assurer la formation de l’opinion publique. »
Ce principe est un des principes fondateurs de notre démocratie. Comme précisé dans la définition, il renvoie à la liberté d’expression. Ces libertés sont garanties par notre constitution. Ce sont entre autres les libertés de culte, d’association, d’enseignement et de presse. Elles sont primordiales pour assurer une saine démocratie.

Dans le cas de la liberté de la presse, les journalistes doivent recueillir et publier, sans entrave, informations et commentaires pour assurer la construction de l’opinion publique. Cet argument leur permet de justifier leur travail d’investigation et d’enquête. La presse joue alors pleinement son rôle de « poil à gratter » au sein de notre société. Ce sont les journalistes qui dénoncent et mettent en lumière les dysfonctionnements de nos institutions, de nos politiques ou encore de la société civile.

La fin justifie-t-elle toujours les moyens ?

Dans ces articles et reportages sur l’accident d’avion de Gelbressée, la publication des photos des victimes constitue-t-elle un élément pertinent pour assurer la construction de l’opinion publique ? Il n’est pas certain que d’identifier les victimes de ce drame nous permette à nous, société, de nous fonder une opinion… Nous allons être touchés de mettre des visages sur ces victimes mais n’est-ce pas juste de la curiosité pure et simple ? Certains journaux et les médias en général, ne jouent-il pas dans ce cas, le rôle d’une presse « racoleuse » et opportuniste ?

Quand vendre prime sur informer

Cela donne une image déplorable des médias où vendre prime sur le fait d’informer. Constatons qu’il est difficile de concilier les intérêts humains et les intérêts professionnels et commerciaux. D’un côté, certains d’entre nous serons choqués de voir cet étalage de photos en une de nos journaux. D’un autre côté, les ventes de ces journaux seront dopées par la publication de ces articles. Les médias justifient par conséquent ce traitement de l’information en disant aussi répondre à une demande. Faut-il par conséquent blâmer les médias de fournir au public ce qu’il attend ? Nous devons certainement nous poser des questions sur notre façon de consommer de l’information. Comme le dit la formule « toute nation a le gouvernement qu’elle mérite », c’est pareil pour les médias. Si la majorité d’entre nous soutient ce type d’information, nous ne devons pas nous étonner de le voir relayer quotidiennement.

Se projeter pour voir plus loin

C’est aussi notre rôle de nous positionner en tant que proche de ces victimes. Quelle serait notre position, si c’était notre père, notre sœur, nos amis qui étaient décédés ce jour-là ? Transmettre de l’information, c’est aussi la replacer dans un contexte de société globale où les enjeux dépassent le voyeurisme et l’effet racoleur de certaines informations. Les associations de journaliste le décrivent dans leur définition de la liberté de la presse : informer c’est avant tout assurer la formation de l’opinion publique. Au-delà des droits des journalistes, restent les devoirs de ces mêmes journalistes et médias. Et à nous de valoriser une presse de qualité où les analyses et les propos valent plus que quelques photos. C’est notre devoir aujourd’hui de jeunes CRACS.

Anne-Lise Mallia
Chargée de projets au CJC
almallia@cjc.be