Puisque l’argent ne fait pas le bonheur…

Puisque l’argent ne fait pas le bonheur, pourquoi continue-t-on à évaluer le développement des pays presque uniquement en fonction de leur croissance économique ? Pourquoi le produit intérieur brut est-il toujours au cœur du fonctionnement de nos sociétés ? Et le bien-être dans tout ça ? Comment le mesure-t-on ?

Le PIB, c’est quoi ?

Le PIB nous informe sur la création de richesses marchande et monétaire d’un pays. Il permet d’évaluer la situation économique d’un pays dans le temps et d’établir des comparaisons avec d’autres. Important donc. Mais attention, cette mesure ne représente que la valeur monétaire de la production, et pas toute la richesse d’un pays !

Les activités non-marchandes (comme le travail bénévole) ne sont en effet pas incluses dans le calcul. Il ne donne pas non plus d’informations sur la répartition des richesses, ce qui signifie qu’on ne connaîtra pas le niveau d’inégalité sociale. Pourtant, même si ces limites (et d’autres encore) sont bien connues, on constate que le PIB reste un indicateur incontournable au point même d’en être arrivé à associer croissance du PIB à progrès et bien-être.

(Re)définir la prospérité

Le débat sur « ce qui compte » n’est pourtant pas neuf… Depuis des décennies on essaie, tant dans les cercles académiques que politiques, de trouver un moyen de mesurer autre chose que la croissance pour rendre compte des dimensions importantes de la vie des citoyens. L’enjeu est de taille car en effet, qu’est-ce que le bonheur, la prospérité ? Question qui a traversé les âges et les continents, a nourri les réflexions des philosophes, sociologues et même des économistes. Et, si l’on s’accorde autour de certains éléments, il faut bien se rendre à l’évidence qu’il n’existe pas de définition objective du bien-être... Autrement dit, construire un indicateur alternatif ou complémentaire au PIB, ce sera nécessairement véhiculer une certaine idée du bien-vivre, et cela exige de se mettre d’accord sur les valeurs et la conception de ce que devrait être la société. (Un webdocu du Soir retrace les enjeux autour de cette prise en compte du bonheur : http://blog.lesoir.be/bonheurbrut/le-webdocumentaire/)

Place aux citoyens !

Aujourd’hui, on a parfois l’impression que le débat pour un futur plus durable relève de la sphère des experts de haut vol, en particulier souvent des économistes. Leur rôle est bien sûr essentiel mais il importe également que les citoyens puissent s’approprier ces questions, sentir que le monde en devenir prend en compte les catégories de vie qui leur parlent (santé, éducation, logement, etc.). La création collective de solutions constructives et durables, dont font partie les indicateurs, est extrêmement complexe, mais importante.

Des expériences locales, à forte participation citoyenne, sont tentées dans de nombreux endroits du monde, y compris tout près de chez nous. Le gouvernement wallon a ainsi annoncé en mai 2013 sa décision de doter la région de cinq indicateurs complémentaires au PIB. Travail collectif donc, pour ce projet wallon, dont l’un des objectifs est clairement de donner la parole à des groupes de citoyens. Pour les initiateurs du projet, il est important de ne pas tomber dans l’écueil d’un débat de type « technocratique », monopolisé par quelques spécialistes. Les premiers résultats sont attendus vers le mois de mars 2014.

Envie d’en savoir plus sur le sujet ?

La Commission Justice et Paix a publié en décembre 2013 un livre à ce sujet :
Malchair L., Et si l’économie nous parlait du bonheur, Couleur livres, 2013.

Pour plus d’informations : info@justicepaix.be - 02/738.08.01

Laure Malchair
Commission Justice et Paix
laure.malchair@justicepaix.be