Privé de dessert pour un gros coup de pub ?

Début du mois de septembre, Bart DeWever présentait à la presse son nouveau livre « Het regime van Bart DeWever », un livre dans lequel il revient sur son parcours diététique qui lui a permis de perdre quelque 60 kg en quelques mois. Le responsable de la NVA a de suite précisé que cette expérience était totalement indépendante de sa vie politique. Bien que nous puissions concevoir l’importance d’améliorer son état de santé, que cache ce changement d’image ? Comment peut-il en profiter ? Quelle réelle motivation le meut ? Pouvons-nous être aveuglés par la perception du changement d’apparence d’un individu ?

L’Afsca enquête

By-pass ? Régime protéiné ? « La méthode PronoKal utilisée par le leader de la NVA est un traitement de perte de poids basé en partie sur un régime protéiné. Durant cette étape, le patient maigrit rapidement en réduisant les graisses et les sucres – tout en maintenant la quantité adéquate de protéines dont l’organisme a besoin pour réaliser ses fonctions vitales. Un suivi médical est indispensable à la bonne réussite du régime. » Passage repris sur le site www.pronokal.com.

Ce régime fait l’objet d’une enquête de l’Afsca. Ne pas utiliser de moyens légaux, ce n’est pas un exemple que doit donner un homme politique. La fin justifie-t-elle les moyens ?

Un début de stratégie

Cette transformation d’image d’homme rondouillard, sympathique, cultivé, réactionnaire, redoutable, cynique en une nouvelle image de personnage au look de jeune premier, d’homme d’affaires sérieux, sportif est évidente. L’homme est méconnaissable. C’est un travail de longue haleine… Souvenez-vous de l’homme vantant le livre d’un humoriste flamand dans une friterie. C’est un lieu de convivialité qu’il apprécie, alors, tout particulièrement. Regardez maintenant l’homme vantant le bienfait de son régime, le régime le plus spirituel du monde en est même le sous-titre de son livre, tout en pratiquant la course à pied. Ce changement radical d’apparence est une étape dans la stratégie de Bart De Wever, dans l’objectif de se montrer différent.

Un exercice politique répandu

En parallèle, nous pouvons déceler une similitude avec François Hollande. Le nouveau président français a pu aussi construire patiemment son ambition pour toucher les dividendes du pouvoir. La recherche du pouvoir est bien présente chez notre responsable de la NVA. Son agenda est clair : prendre la ville d’Anvers au soir du 14 octobre 2012 en devenant bourgmestre, pour asseoir une certaine légitimité tout en nous donnant rendez-vous en 2014 pour les élections fédérales. Les négociations seront lourdes. La NVA et son représentant nous vantent déjà le confédéralisme« C’est en route. C’est inéluctable. » Ils nous préviennent. D’ailleurs, par son exercice de communication politique, il continue de prendre une place énorme au niveau médiatique. La vie politique belge tourne trop autour de sa personne. Et, il sait en jouer. Mais cela fait partie du jeu des politiciens : le nœud papillon d’Elio di Rupo, tout le monde le connaît ; Mme Nee, Joëlle Milquet en a abusé ; l’état d’ébriété perpétuel de feu Michel Daerden était associé à sa personne.

Une relation à éclaircir

Lors de sa conférence de presse au Préventorium du Coq sur la présentation de son livre, il explique que l’intégralité de la vente de son ouvrage ira pour le traitement de l’obésité chez les enfants. Il fait là un geste pour se montrer affable, charitable, bienveillant. On parle de lui dernièrement quand il ne répond pas aux questions d’un journal flamand « Knack ». Le président de la N-VA parle de "journalisme de qualité exceptionnellement mauvaise". "Il suffit de lire les questions, pour voir qu’il s’agit d’un pamphlet anti-N-VA. Le parti pris et le manque de connaissance des dossiers sont éclatants". Bart DeWever répondra quand même aux questions du journaliste mais via le site de la NVA. Les relations entre journalistes et personnages médiatiques, à fortiori ici les politiques, sont parfois à la limite du correct. Les exemples sont nombreux de connivence. Je te donne mes questions et tu les prépares ou je veux être interrogé sur tel ou tel thème mais surtout pas un autre. Chacun a besoin de l’autre. Chacun est instrumentalisé. Là aussi se joue un jeu entre les deux pôles, un jeu de ping-pong presqu’inévitable. Pourtant, il doit pouvoir exister une presse objective et indépendante. C’est le boulot de la presse de poser des questions qui dérangent !

Une vigilance à éveiller

Lors d’une interview, André Flahaut, président de la Chambre, répondait à cette question : que vous inspire la communication autour du régime de Bart De Wever ? "Ça me pompe. Objectivement, je veille aussi à ma ligne, à ma ligne courbe même, et j’assume mes rondeurs. Donc faire de ce régime un événement politique emballé dans des préoccupations sociétales, c’est un détournement d’objectif. Je veux bien croire Bart De Wever quand il dit qu’on ne peut pas vivre avec 160 kilos mais, dans ce cas, cela concerne sa santé personnelle. Confondre sa santé avec la vie publique, étaler sa vie privée sur la place publique, ce n’est pas du tout mon style et c’est quelque chose qui me dérange".

Bart DeWever façonne son image constamment. Le président de la NVA doit une part importante de son succès à sa communication. Qu’il soit rond, carré, mince, sportif, rieur… L’apparence reste mais ne doit en aucun cas nous aveugler. Restons vigilants sur les contenus, sur les projets pour garder une objectivité qui sera critique et responsable. Soyons Cracs, sachons décoder les stratégies politiques !

Jean-Philippe Schmidt
Détaché pédagogique au CJC
jpschmidt@cjc.be