Prêtres en mouvement

Au sein de l’Eglise catholique autrichienne, des prêtres font entendre leur voix pour réclamer une réforme. Un mouvement qui va à l’encontre de l’autorité papale, et qui provoque des remous. L’occasion pour le CJC de publier un texte sur difficultés rencontrées par l’Église aujourd’hui.

Un "appel à la désobéissance" a été lancé par un groupe de prêtres cet été, et rencontre un soutien important auprès de la population autrichienne. Une démarche qui met à mal une institution déjà fort fragilisée par des scandales d’abus sexuels. D’après un sondage récent, environ trois quarts de la population qualifient de "justes" les revendications des prêtres menés par le prêtre Helmut Schüller.

"À chaque messe, nous intercéderons désormais en faveur d’une réforme de l’Église", déclarent-ils dans leur appel lancé en juin. Parmi leurs revendications, on trouve notamment les points suivants : l’ordination des femmes et des personnes mariées, deux grands tabous de l’Église. Ils demandent aussi d’autoriser la communion aux personnes divorcées et de permettre aux pratiquants non ordonnés, hommes comme femmes, de prononcer des sermons et de diriger des paroisses, pour pallier la crise des vocations. Le célibat des prêtres a même été mis en question ! Dans le sondage de l’institut Oekonsult, plus de 86 % des personnes interrogées jugeaient que le célibat avait fait plus de mal que de bien à l’Église.

Vous trouverez ci-dessous un texte écrit par un ancien aumônier français, dont la position et l’analyse sont éclairantes du tournant que l’Église catholique est en train de vivre.

Laetitia Vignaud
Chargée de communication
lvignaud@cjc.be



Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence ?

Le climat de restauration s’appesantit dans l’Église. Le "peuple de Dieu" a beau poser des questions dans les synodes [1] : Rome ne veut pas les entendre et les nonces font savoir aux évêques qu’ils ne doivent pas les transmettre. Pareille censure fait penser aux pratiques des régimes totalitaires. La suprématie pontificale contrôle la vie des Églises, elle nomme souvent des évêques à sa botte, elle fait fi de la collégialité épiscopale et de la sensibilité des fidèles.

Des milliers de chrétiens "s’en vont sur la pointe des pieds" sans être écoutés pendant qu’on recherche longuement un accord avec les intégristes. Le souci prévalent de continuité avec le passé commande. N’assistons-nous pas à l’enterrement discret du concile Vatican II ?

Quatre cents théologiens universitaires en Allemagne, des centaines de prêtres et de diacres en Autriche, ont élevé la voix. En France, si l’on excepte un petit groupe de prêtres à Rouen, et le communiqué – non signé – de l’équipe nationale du groupe "Jonas", le silence est compact. En conversation privée, beaucoup de personnes, y compris des responsables d’Église, disent leur inquiétude, leur déception. Mais les mêmes ne s’expriment jamais publiquement. Rome peut penser que ses orientations sont acceptées. L’absence de protestation cautionne, négativement, le pouvoir et les décisions de la monarchie romaine.

Pourquoi le silence de tant de prêtres qui ont joué leur vie sur le renouveau du Concile ? Ils ont pris de l’âge, leur capacité de résistance s’est usée devant l’inertie et la suffisance de l’appareil, une lassitude croissante pèse sur eux. "À quoi bon ?" Un sentiment d’impuissance les paralyse. Ils continuent à vivre proches de leurs concitoyens et de témoigner de l’évangile "à la base", comme l’on dit, sans plus vouloir influer aux échelons supérieurs. Enfin ils vieillissent. On leur fait sentir parfois qu’ils ne portent pas l’avenir.

Dans cette foule silencieuse de laïcs et de prêtres, que font les théologiens, les hommes de la pensée, ceux qui doivent aider les responsables hiérarchiques par leurs études et leur réflexion ? En France, à l’exception de Joseph Moingt et de Jean Rigal, ils se taisent, eux aussi. Alors qu’ils devraient exprimer et analyser le "sensus fidei", ce que dit l’Esprit dans le peuple, ils demeurent muets. Est-ce le souci de préserver leur chaire, de ne pas compromettre leur accès à des échelons supérieurs ? On est étonné de constater qu’ils ne forment pas une instance collective de réflexion et d’expression publique. Eux aussi, sans doute, si on les interrogeait, se réfugieraient derrière "À quoi bon ?". Ils attendent que le vent tourne. Ils disent parfois à tel ami qui parle haut : "Toi, tu peux le dire, moi, je ne peux pas".

Hélas, on recueille parfois pareille réflexion sur la bouche de laïcs qui ont des rôles dans l’Église où ils sont parfois permanents, employés et salariés. On parle "mission", "évangélisation", "peuple de Dieu", sans trop savoir ce que ces mots incantatoires engagent dans la pratique. On demeure soumis, souvent dans une étonnante papolâtrie, qui s’est établie jusque dans les esprits. On accepte, comme si elle était de droit divin, la centralisation romaine qui s’est accrue progressivement au cours des siècles. Comme on est loin des commencements, comme on est loin de la démarche libre de Jésus !

Concluons sereinement. L’Évangile est un volcan. On ne l’éteindra pas. Il rentrera à nouveau en éruption féconde. À l’intérieur des Églises et en dehors d’elles.

Gérard Bessière
Prêtre et ancien journaliste à "La Vie

[1réunion des représentants des différentes conférences épiscopales pour traiter d’un sujet particulier (ex : le sacerdoce, la justice sociale, la famille, la catéchèse…)