
Ce dimanche – et même tout ce week-end – c’est la fête de la Communauté française. Simple jour de congé pour les uns, événement politique pour les autres, le 27 septembre fait partie intégrante du calendrier de tous les francophones de notre pays. Mais au fait, pourquoi parlons-nous français ?…
Et tout d’abord, pourquoi Communauté française ? Parce que ça sonne mieux (paraît-il) que Communauté francophone. Ceci dit, surtout vu de l’extérieur, ça peut prêter à confusion avec les 120 000 résidents de nationalité française présents en Belgique, dont 100 000 en Wallonie et à Bruxelles. On a bien proposé Communauté Wallonie-Bruxelles, mais le terme n’a pas dépassé les sphères politiques, et ne fait pas partie du langage courant.
Justement, parlons-en du langage, puisque c’est bien la langue française qui est la raison d’être de cette communauté. Depuis quand parle-t-on français en Belgique ? Depuis pas si longtemps qu’on ne le pense, même si c’est une longue histoire qui nous y a amené : ni plus ni moins que l’histoire de cette langue.
Comme c’est le cas de beaucoup des langues largement parlées aujourd’hui, l’origine de langue française est surtout politique. Les Rois Francs avaient en effet besoin d’une langue administrative commune pour régner sur leurs nombreux sujets. Car au Moyen Age, quasiment chaque village avait son propre dialecte. Il fallait donc aux seigneurs médiévaux une langue pour parlementer entre eux et avec leur suzerain. C’est ainsi qu’apparut graduellement le vieux français vers le dixième siècle, puis le moyen français vers le quatorzième.
Clercs et penseurs, eux, utilisaient surtout le latin. Mais là aussi, le français allait tôt ou tard faire irruption. Le célèbre Discours de la Méthode (1637) de René Descartes est ainsi une des premières œuvres savantes a avoir été écrit en français dit classique, c’est-à-dire assez semblable à celui que nous utilisons actuellement. Pour l’anecdote, ce fut surtout… pour éviter la censure, car Descartes savait que, de cette façon, une grande partie des intellectuels de son temps n’allait tout simplement pas le lire…
Mais pendant ce temps, dans les campagnes, les « petites gens » parlaient toujours leurs nombreux dialectes. Si le français devint une langue très prisée par les hautes sociétés européennes (et même jusqu’à Prague ou Saint-Petersbourg), le français prit bien plus de temps pour devenir une langue populaire. En 1794, un quart seulement des Français le parlaient ! Ce n’est que l’instruction obligatoire qui le généralisa au dix-neuvième siècle.
Ce fut pareil chez nous. Ce n’est pas la brève période d’occupation française (1795-1814) de la Belgique (entière) qui fut déterminante, mais bien le fait que la haute société se mit peu à peu à parler Français. Y compris… en Flandre, où les élites étaient francophones (C’est d’ailleurs une des rares vérités dans le discours des nationalistes flamands...)
Notre épineuse question linguistique remonte donc à l’indépendance même de notre pays, puisque le français fut à l’origine notre unique langue nationale.
Enfin, pour expliquer la différence entre les patois du nord et du sud du pays – qui sont toujours bien présents dans nos terroirs –, il faudrait de nouveau remonter au Moyen Age et retracer les sphères d’influence des Royaumes Francs et du Saint Empire Romain Germanique. Mais ça, ce sera pour une prochaine fois…
Benoît Lambo
blambo@cjc.be
Illustrations
milieu : détail d’un portrait de René Descartes par Frans Hals
Domaine public
bas : William Dunker
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