Pourquoi la Syrie est-elle lâchée par l’ONU ?

Le drame humain qui est à l’œuvre en Syrie bouscule le monde entier. Horrifiés, les téléspectateurs découvrent sur leurs écrans les images des massacres. Depuis mars 2011, des insurgés s’opposent aux troupes du président Bachar el Assad. Ils réclament plus de liberté et de démocratie dans le pays. Devant tant un tel déchaînement de violences, il est difficile comprendre pourquoi la communauté internationale ne réagit pas. Pourtant, ce sont bien des impératifs géostratégiques qui sont en jeu. La Russie et la Chine ont-elles des intérêt vitaux à préserver qui leur commandent d’à tout prix éviter une intervention de l’ONU en Syrie ?

Être CRACS, c’est pouvoir décoder l’actualité internationale en comprenant le jeu pratiqué par les grandes puissances. Il est primordial d’acquérir de clés de lecture si nous voulons dépasser l’analyse parfois superficielle qui nous est servie par les mass média. Voici une vidéo de l’attentat du 18 juillet 2012 :



Le Conseil de Sécurité des Nations Unies est l’organe de l’ONU chargé du maintien de la paix et de la stabilité international.
Il peut décider d’un panel de sanctions envers des régimes et ses leaders, comme le gel des avoirs financiers, l’interdiction de délivrance de visas ou encore ou encore l’arrêt de transferts d’armes. Mais le Conseil de Sécurité est surtout connu pour envoyer de forces de maintien de la paix, de la simple mission d’observation à des missions d’interposition, qui déploient un armement plus robuste. C’est cette dernière option que les puissances occidentales aimeraient voir adopter dans le contexte syrien.

Pourtant, toute prise de décision est bloquée. En cause, les refus catégoriques de la Russie et de la Chine d’approuver une intervention visant à rétablir la paix dans le pays.

Si la raison principale avancée par les médias internationaux se cristallise autour des ventes d’armes que ces deux puissances réalisent avec la Syrie, on peut aussi lire leur comportement à partir d’une lunette géopolitique : quels sont les intérêts vitaux qui sont en jeu au regard du conflit syrien ?

La Russie est en plein réveil. Après des années de crise économique et politique, elle relève la tête et entend retrouver son statut de grande puissance. Aidée par un développement économique lié à la vente de pétrole et de gaz, elle entend devenir incontournable dans les prises de décisions mondiales et cela afin de préserver ses intérêts géostratégiques.

La principale menace identifiée pour sa survie est l’extension de l’Union européenne et de l’OTAN à ses portes. C’est tout naturellement que la Russie craint donc de voir se répéter en Syrie un scénario à la libyenne avec une intervention armée qui contribuerait à renforcer l’Alliance atlantique.

Une alliance très précieuse

Mais la Syrie est surtout une alliée indéfectible de la Russie.
Le régime de Damas a fourni un soutien sans faille à Moscou lors de la guerre en Géorgie en 2008. Cette action militaire a servi à protéger les minorités russophones des régions autonome d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud et à montrer à l’OTAN qu’une extension de son organisation vers l’Est n’était pas acceptable pour elle. Au milieu des condamnations internationales, cet appui a été très précieux.

Cette alliance permet à la Russie, via la position stratégique de la Syrie, de peser dans les grands dossiers de la région comme le nucléaire iranien et le conflit israélo-palestinien. C’est en Syrie que Moscou détient la base navale de Tartous (face à Chypre). Elle est de première importance car elle lui fournit un point d’ancrage en Méditerranée qui lui permet de contrebalancer le poids occidental.

La Chine a également des objectifs stratégiques qui expliquent sa volonté de geler toute décision du Conseil de Sécurité qui irait dans le sens d’une intervention. Sa politique officielle de « développement pacifique » lui impose d’éviter tout conflit qui pourrait paralyser ses investissements économiques dans la région.
En tant que pays émergent, elle forme un front avec la Russie face aux puissances occidentales. Elle est guidée dans toutes ses décisions diplomatiques par cette volonté de représenter les pays du Sud de la planète.

Les comportements russes et chinois au Conseil de Sécurité s’expliquent par l’imbrication d’intérêts et de menaces perçues En tant que CRACS, nous devons pouvoir démêler la complexité des relations internationales. Car une culture de paix et de solidarité avec ces peuples passe avant tout par une meilleure connaissance des enjeux globaux !

Santiago Fischer
Commission Justice et Paix Belgique francophone
www.justicepaix.be



Pour en savoir plus :

Justice et Paix donne régulièrement une formation d’une journée intitulée « Comprendre les Conflits internationaux ». Elle peut également, à votre demande, la dispenser chez vous ou dans votre association pour un groupe de minimum 5 personnes.

Les analyses de Justice et Paix sur ce thème sont disponibles sur leur site.

Le centre de recherche GRIP offre une mine d’informations sur le commerce international des armes :

La Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD) se positionne régulièrement sur la situation en Syrie