Plus belle la vie avec les OJ !

Devenir des CRACS, apprendre à vivre ensemble, être acteur de projets créés par les jeunes et pour les jeunes sont autant d’éléments qui rendent les organisations de jeunesse importantes dans l’élaboration de la société d’aujourd’hui. On pourrait décrire, parfois, le monde actuel comme un lieu où on pousse les jeunes à consommer, où la culture du plus vite, plus beau, plus riche domine. Dès lors, arrêtons-nous un instant sur ces bulles de vie que sont ces groupements où chacun peut être acteur de son fonctionnement et peut évoluer pas à pas dans un cadre bienveillant et sécurisant.

Au lendemain du Salon de l’Education, là où certains pensent que vendre des bics en costume fait partie des missions de l’éducation, se rappeler qui nous sommes, quelles sont nos missions et pourquoi elles nous tiennent à cœur ne semble pas si inutile…

Les organisations de jeunesse ne proposent pas des loisirs comme les autres. En effet, elles ont un projet éducatif qui est à la base de toutes leurs actions. Avec celui-ci, l’OJ vise l’évolution de chacun de ses membres et, dans une dimension plus large, la participation à la création d’une société plus équitable. La fédération Wallonie-Bruxelles donne comme devoir à chaque organisation de jeunesse de former des Citoyens Responsables Actifs Critiques, auquel on ajoute souvent l’aspect Solidaires. Ces apprentissages se font d’une manière différente qu’au sein du système scolaire habituel. En effet, il ne s’agit pas de cours théoriques, il n’y a pas d’examens de fin d’année pour voir si on a réussi ou non. Devenir un CRACS se fait, notamment, par expérimentation et par échanges avec ses pairs. C’est donc par le biais d’une approche concrète de terrain, en vivant ces cinq grandes missions, que les jeunes pourront les appréhender puis progresser. Les résultats ne sont pas spécialement visibles et ces compétences se développent sur du long terme. Ce qui est certain, c’est que cela s’inscrit dans la durée. L’initiation à la vie en communauté représente un facteur-clé pour développer cet esprit CRACS dans les OJ. Comme le dit S. De Kuyssche, « on y privilégie la participation de tous, la prise de décision démocratique, l’éducation globale… Aspects qui se traduisent au quotidien par des actes concrets au sein du groupe. Parodiant un vieil adage, celui des organisations de jeunesse pourrait être : on apprend à vivre ensemble en vivant ensemble » [1].

Remarquons aussi que les actions qui y sont menées sont effectuées par des jeunes, pour des jeunes. Par exemple, c’est ensemble que ces derniers apprennent à choisir un projet, à le planifier et à le réaliser. L’évaluation qui s’en suit est aussi une étape importante pour leur permettre d’être valorisé et de se remettre en question si besoin. Les cadres des associations ont aussi pour rôle de les guider dans leurs expérimentations, pour que l’aboutissement d’un projet soit le plus utile possible à l’ensemble des membres. Dans ce processus, les plus jeunes sont encadrés par les plus âgés qui ont déjà vécu certaines expériences et peuvent donc les soutenir au mieux. Autre élément bénéfique, on peut constater que les OJ sont les lieux où se fait l’apprentissage de certaines valeurs essentielles au bon fonctionnement de chaque être dans une société juste et démocratique. Vivre et développer des valeurs telles que le respect, l’écoute, l’autonomie, la coopération, l’ouverture, c’est donner à ces jeunes les bonnes cartes pour affronter la réalité du monde d’aujourd’hui.

Fait remarquable dans cette démarche, c’est que les jeunes choisissent librement de s’engager dans un mouvement et d’y rester. Beaucoup donnent des heures et des heures de leur temps libres pour faire vivre leur OJ. Certains doivent parfois sacrifier un job d’étudiant pour pouvoir continuer à s’investir ; un choix que l’on peut qualifier de fort en ces temps de crise. C’est pourquoi, malgré tout ce que cela apporte au jeune, il est important de garder à l’esprit que l’engagement dans une organisation doit rester un loisir. Le participant venant aussi pour s’amuser et passer des moments agréables.

Quand ce même jeune devenu adulte entrera dans la vie active, l’on peut vraisemblablement penser que ses faits et gestes seront sans doute inspirés, consciemment ou inconsciemment, par les expériences vécues au préalable, notamment, dans les organisations de jeunesse. Espérons que chaque adulte devenu CRACS pourra, participer, à sa manière, à la construction d’une société plus juste. Chaque citoyen ne représente qu’une petite goutte d’eau dans ce grand océan qu’est la société actuelle. Mais, ne dit-on pas aussi que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières…

Sébastien Persoons
Permanent Pédagogique
sebastien.persoons@resonanceasbl.be

[1Sophie de Kuyssche « Pratiques éducatives dans les organisations de jeunesse », Pensée plurielle 1/2007