
Cette semaine à été marquée par un événement au sein de l’Église catholique de Belgique. Le Pape, Benoît XVI a désigné Monseigneur Léonard pour succéder au Cardinal Danneels, et exercer la fonction d’archevêque de Malines-Bruxelles et de président de la conférence des évêques de Belgique.
Par ce choix, Rome marque, pour bon nombre de commentateurs (simples citoyens ou non, catholiques ou non), sa volonté de renforcer l’Eglise dans une visée traditionnelle. Alors que Mgr Danneels, et avant lui le Cardinal Suenens, sont présentés comme étant des évêques qui avaient bien intégré les évolutions sociétales.
Pour beaucoup, cette nomination n’est pas une surprise. Elle intervient, en effet, dans une période où les préoccupations de l’institution se recentrent vers les conduites doctrinales, plutôt que vers celles des croyants ou plus largement des citoyens de toutes convictions, inscrites pour une large partie dans l’évolution des modes de vie. Sans surprise, car cette voie est celle impulsée par le pape Benoît XVI, depuis sa désignation à la plus haute fonction.
Pourquoi alors cette nomination provoque-t-elle autant de commentaires,
remarques, venant du monde catholique, mais également de la part des non-croyants ? La personnalité du nouveau Primat et ses prises de positions polémiques et perçues comme fermées sur des sujets d’ordre éthique ou moral tels que l’avortement, le préservatif, l’euthanasie ou encore l’homosexualité, sont une partie des réponses à cette interrogation.
Cependant, le fait que cette décision vienne tout droit de Rome, contre l’avis de la majorité des Chrétiens de Belgique, est aussi une hypothèse de réponse. Aujourd’hui, en Europe, une institution aussi importante que l’Église rappelle qu’elle n’est pas une démocratie. Cela dérange.
Au-delà du fait que cet événement ne devrait pas se traduire par un retour en masse des fidèles dans les églises, il est bon de « replacer l’église au milieu du village ». Pouvons-nous accepter que vivre sa foi, vivre les valeurs chrétiennes au quotidien, être pratiquant n’est pas forcément suivre strictement la ligne romaine ? Une partie de la réponse, moins relayée par les médias, tient au fait que la religion catholique invite chaque humain à poser ses actes « en conscience » ce qui indique que les repères se construisent d’abord chez chaque homme et par chaque homme. Cette dimension-là des positionnements éthiques ou moraux est nettement moins médiatique, elle est pourtant plus féconde pour construire des rapports humains et sociaux plus respectueux. Mgr Léonard la mettra-t-il en avant, lui, qui a une présence médiatique certaine ?
Si la fracture entre diverses mouvances parmi les Chrétiens et caricaturalement, entre ceux qui entendent tenir compte de l’évolution des esprits et d’autres plus enclins à se tourner vers des dimensions traditionnelles voire traditionalistes reste ouverte, l’est-elle davantage aujourd’hui qu’hier ? Et plus globalement et fondamentalement dans le monde d’aujourd’hui, cela renforcera-t-il le dialogue entre Chrétiens, entre convictions religieuses, entre croyants et non-croyants ?
L’Église reste une institution imparfaite, composée d’hommes. Mais cette Église ne peut pas se réduire au Vatican et à ses décisions. L’ampleur de la réaction des personnes déconcertées par cette nomination nous démontre qu’il existe encore un terreau catholique souhaitant davantage d’ouverture.
Dès lors, pour ceux qui seraient tentés de la fuir, n’est-il pas temps de s’investir dans un christianisme constructif ? Non seulement rester, mais surtout investir et influencer cette institution par notre jeunesse, nos préoccupations, notre ouverture, nos valeurs en phase avec notre temps. Cette nomination n’est-elle pas pour nous, au sein de nos organisations, l’occasion d’y réfléchir ?
Vincent Buron
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