Parce que l’éducation se rêve encore dans un salon

Dimanche 18 octobre, les portes du palais des Expositions de Charleroi se sont fermées.
Avec elles, des milliers de pages de livres, dans tous leurs genres, se sont refermées, des myriades de discussions en matière d’éducation et de formation se sont tues et d’incalculables — et, à y réfléchir, d’improbables — capuchons de stabilos se sont rebouchés.
Les portes du Salon de l’Education 2015 se sont fermées.
Au même moment, partout en Belgique, de nombreuses autres s’ouvrent et créent un réel appel d’air. Par les temps qui courent, ça fait un bien fou !

Si vous êtes passés par le salon, vous avez du voir ou entendre parler d’un stand, un brin décalé, qui était, au beau milieu du mois d’octobre, en pleine ambiance lumineuse et féérique de… Noël.
Sapin, luge, cadeaux, bonnets : tout y était !
A l’emplacement 2-428, le Père Noël s’est posé, discrètement, avant d’entamer sa tournée. Cette fois, ce n’est pas tant les enfants qu’il a interrogé que ceux qui s’en occupent : parents, éducateurs, enseignants, accueillants, coordinateurs ATL… Autant d’acteurs en matière d’éducation qui ont pu exprimer leurs vœux pédagogiques pour cette année.
En qualité de petit lutin, mis au service du Père Noël, j’ai tout vu, tout entendu.
Je vous le raconte, non sans émotion.

A la question : quel serait votre vœu pédagogique pour cette année, plusieurs réponses fusent : plus de moyens, plus de temps, des tablettes, des écrans interactifs, de plus grandes classes, un contrat qui dure et perdure…
Derrière ces vœux, on entend les revendications, toutes légitimes, pour un secteur, celui de l’éducation, qui n’a de cesse de demander d’être mieux reconnu, mieux soutenu, mieux subventionné.

Mais à côté de ces vœux « militants », d’autres ont également été émis :

Créer une nouvelle école, à dimension humaine ;
Etre outillé pour répondre aux spécificités de chaque enfant ;
Etre accompagné pour utiliser, au quotidien, les méthodes actives ;
Accepter la diversité culturelle ;
Instaurer, dans l’enseignement et en formation, de la relaxation ;
Travailler, concrètement, sur les inégalités…

Des portes de multiples fois enfoncées, me direz-vous ? C’est vrai. A les relire, rien de tout ça ne semble révolutionnaire. Cyniques, on leur trouverait un petit goût de Miss Hainaut qui dirait : « Ce que je souhaite ? La paix dans le Monde et la protection des dauphins. »

Pourtant, derrière ces vœux, il y a des bras, des cerveaux et des cœurs qui s’activent, chaque jour, pour que ce qu’ils souhaitent, se réalise, concrètement, sur le terrain. Sans attendre le Père Noël, chaque jour, ces hommes et ces femmes, d’ici et d’ailleurs, travaillent à ce que ces valeurs, pleines de sens, soient respectées.
Comme cette femme, revenue du Maroc jusqu’au Salon de Charleroi (avouez qu’il faut le faire !) en vue d’y trouver des outils à développer là-bas pour des femmes qui cherchent à s’instruire, s’éduquer et se former.
Ou cette autre femme qui souhaite utiliser le chant comme outil, avec les familles en difficulté, pour s’élever, se reconstruire à travers la création d’une chanson commune. Tel un rite, fédérateur, rassembleur, qui permet à chacun de (re)trouver sa juste place, en douceur. Elever la voix, pour se faire entendre. Avec bienveillance.
Ou comme cette échevine de Chaumont-Gistoux qui mène, dans le secteur de l’extra-scolaire, des projets qui marchent et qui vient simplement en témoigner et partager son expérience lors d’une conférence.
Ou encore, cette idéaliste qui rêve d’une école où les élèves ne passeraient leurs épreuves que lorsqu’« ils sont prêts ». Idéaliste ? Pas tant que ça, puisque l’expérience se fait déjà dans son école : en première primaire, quand un élève est prêt à lire son livre, quel que soit le moment de l’année, il va le lire auprès de la directrice de l’école. L’enfant sait qu’il a réussi son brevet quand la directrice lui remet … un nouveau livre ! Pas de note, pas de compétition ! Juste l’envie d’apprendre, à son rythme !

Il y a ceux qui rêvent.
Et il y a ceux qui font ce qu’ils rêvent !
Tous les jours, vous êtes des milliers à œuvrer, concrètement, pour faire de l’éducation, une voie vers l’autonomisation et la liberté, afin de permettre à chacun d’avoir le choix de ses actes et d’offrir des outils pour se former et se développer, en tant qu’individu, en tant que citoyen, et en tant que travailleur.
Avec inventivité, créativité, et réactivité !

Toutes ces actions n’effacent pas les difficultés exprimées par les professionnels de l’éducation.
Mais quel vent frais de vous entendre, acteurs de terrain, qui n’avez pas peur de retourner la terre et essayer de semer quelque chose de nouveau, là où personne avant vous n’avait jamais rien planté !

Dimanche soir, le Père Noël est reparti avec les vœux de chacun d’entre vous.
Et il a souri.
Dans le fond, vous n’avez pas tellement besoin de lui…
Ce que vous rêvez, vous le faites. Dans les grandes choses, comme dans les toutes petites.
Aujourd’hui, pour demain. Pour vous, avec l’autre.

Le Père Noël s’en est allé, confiant : sur les terrils de Charleroi, on sème, on partage, on retourne la terre à plusieurs bras et on fait fructifier.
La définition d’un terril ne s’est jamais révélée aussi vraie : "un amas de terre et de pierre que l’on retirait du sol pour exploiter une mine". Depuis, m’a-t-on dit, le Père Noël pense quitter son lieu de résidence…

Vinciane Hubrecht
Animatrice pédagogique - Résonance
vinciane.hubrecht@resonanceasbl.be