Papa, Maman et moi : le seul schéma ?

Des débats, des émissions, des plans d’action
des lois, des amendements sur les droits des uns et des autres à fonder un foyer, oh oui, ces dernières semaines sont riches de tout cela en France mais également en Belgique. Mais finalement qu’est-ce que la famille ? Un besoin naturel ? Une construction culturelle ? La société doit-elle juger sa forme ? La légiférer ?

De la famille historique à la famille traditionnelle

Selon l’étude de Gérard Guièze, la « famille historique » jusqu’à la seconde guerre mondiale, est axée sur la reproduction de la vie et vers la transmission d’un patrimoine biologique, matériel et symbolique (cet angle renvoie aux repères sociaux transmis, par la famille entre l’individu et la société, et indispensables à son existence sociale). La solidarité familiale assure avant tout la survie de l’individu. Elle diminue la violence et l’insécurité, toutes deux, liées intrinsèquement à la société, l’identité est surtout familiale. Il existe peu de choix individuels comme le prouve les mariages arrangés.

La seconde guerre mondiale amène une autre forme de famille : la « famille traditionnelle ». La démarche n’est plus comment survivre ensemble mais plutôt comment être heureux ensemble ! L’alliance prend le pas sur la parenté. Il y a un enthousiasme collectif pour le mariage comme lieu de bonheur et non plus pour la survie. La famille met l’accent alors sur la relation affective, elle n’est plus seulement un refuge : économique, pour la reproduction ou encore la transmission des biens.

Et aujourd’hui ?

Le mot « famille » change de sens. Comme le précise Gérard Guièze, professeur de philosophie et de sciences sociales, « la famille ne désigne plus un réseau de liens biologiques mais topologiques (c’est-à-dire un espace où l’on vit sous le même toit, même si les personnes ne sont pas liées entre elles par la filiation). Les familles deviennent plurielles, ne s’envisagent plus du point du vue des enfants, mais de la liberté des adultes (…). ». Les familles sont nucléaire, monoparentale, recomposée. Le schéma « papa, maman et les enfants » n’est plus l’unique représentation.

L’accent est davantage mis sur l’épanouissement personnel. C’est dans ce cadre évolutif que se posent aujourd’hui de nouvelles questions sur la parentalité : celles relatives au nom de famille, au droit à la parentalité pour les couples homosexuels, au droit à la parentalité élective (la question des beaux-parents dans les familles recomposées et de leurs droits vis-à-vis des enfants de leur conjoint).

Le mariage homosexuel

Si cette question a provoqué ces dernières semaines un débat houleux en France, en Belgique, ces échanges ont été menés, il y a tous justes 10 ans !

Notre pays est l’un des plus avancés dans le domaine de l’égalité des chances et du traitement égal des personnes lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres. Notre démarche aujourd’hui consiste à transmettre ce message de tolérance et à concevoir que les transformations de la famille et par extension du mariage peuvent évoluer.

La famille n’est pas une forme sociale figée et tend à se transformer en regard des individus qui la composent. De tous temps, les hommes et les femmes adaptent les cadres parfois rigides de leur société. Chacun à notre mesure, nous pouvons permettre à certaines situations d’être acceptées et reconnues. Cela engendre une meilleure connaissance de cet autre qui nous entoure et à terme moins de discrimination !

Anne-Lise Mallia
Chargée de projet au CJC
almallia@cjc.be