Orlando : Je suis Charlie, je suis Bruxelles, je suis Gay ?

Le massacre d’Orlando n’a pas eu lieu dans une boite de nuit. Il a eu lieu dans une boite gay. Et quand on mêle homophobie, terrorisme et récupération politique, ça donne un cocktail détonant dont il est bon de pouvoir se distancer un peu !

Depuis Charlie, on se lève en dénonçant les amalgames faciles à propos de la communauté musulmane : « Not in my name ». Cela revient, comme un laïus, à chaque nouvelle tragédie. Nous avons été Charlie pour défendre la liberté d’expression et de culte. Nous avons été Paris pour défendre le droit aux rassemblements, aux verres en terrasse et aux matchs de foot. Nous avons été Bruxelles pour défendre notre belle capitale cosmopolite, la paix et le vivre ensemble. Mais tout d’un coup, on change de dimension.

Parce qu’au final, on ne sait pas très bien quelles sont les motivations du tireur d’Orlando. Parce que la presse ne sait plus très bien s’il faut mettre en avant l’attaque terroriste ou le crime homophobe. Le crime est-il pire parce qu’il est commis sur une minorité ? Il ne s’agit évidemment pas de faire une gradation dans la douleur, dans l’horreur, dans le deuil, mais bien de ne pas occulter une dimension importante du problème.

Et le problème ici, c’est la récupération politico-médiatique du phénomène « attentats terroristes ». Il est de bon ton que chaque personnage public – et politique a fortiori – y aille de son tweet de condoléance. Ça ne dérangerait personne si ces messages n’émanaient pas de ceux qui, quelques jours ou semaines plus tôt, vomissaient les « lobby gays » (Manif pour Tous) ou « l’abomination homosexuelle » (C. Boutin) [1]. Tout d’un coup, c’est une dimension importante du drame qui est complètement invisibilisée pour le bien d’une campagne de communication, en vue de la préparation d’une élection ou de l’assise d’un mouvement politique. Soudainement, c’est la jeunesse qui est visée, ce sont des innocents qui ne cherchaient qu’à s’amuser le temps d’une soirée. Leur identité homosexuelle est gommée, oubliée, mise de côté alors que c’est précisément cette identité qui leur a couté la vie. Il est trop facile de récupérer ainsi un événement dramatique. Ici, nous n’attendons pas seulement le silence des récupérateurs, qui serait pourtant un hommage plus digne. Nous attendons le changement ! Nous attendons la fin trop tardive de discriminations moyenâgeuses, la fin de discours populistes et ravageurs. Et nous agissons pour une société inclusive de toutes les minorités et de chacun.

Chez nous, dans les rayons des librairies, dans les colonnes des journaux, sur les blogs, fleurissent, par dizaines, les analyses, les cartes blanches, les essais et les billets d’humeur qui titrent : terrorisme, Daesh, peur, Djihad, immigration, terreur, désir, Molenbeek, sacrifice, jeunesse, guerre et révolution. Tout ça mélangé. Dans le même texte. Dans le même journal. Sur la même table des nouveautés. Ambiance. C’est là que notre action prend tout son sens : l’accompagnement des CRACS – Citoyens Responsables Actifs Critiques et Solidaires – c’est leur donner les outils nécessaires pour se forger une opinion nuancée et critique. C’est disposer de plusieurs sources d’informations contradictoires. C’est mettre à leur disposition des ressources, des opérateurs, des points de vue qui élargissent les horizons, font tomber les barrières et construisent des ponts. Pour rester dans le thème : on leur donne des armes (celles avec des fleurs au bout) et on entre en résistance. AMBIANCE !

Manuela Guisset
Chargée de projets multimédia - Action Ciné Médias Jeunes
manuela.guisset@acmj.be

[1France Culture, 13/06/2016 : Tuerie d’Orlando : géométries variables