On est riche = on est bien !

L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) vient de lancer un nouvel indice de comparaison entre les États : un indice de bien-être. Complétant les indicateurs de richesse (PNB, PIB), cette nouvelle donnée permettrait de prendre en compte d’autres facteurs négligés par un mode d’analyse basé sur la croissance économique. Un mieux, alors ? Ou pas…

L’OCDE joue un rôle d’assemblée consultative et offre des statistiques mondiales. Née au sein de considérations économiques et du plan Marshall, l’organisation concentre une grande partie de ses analyses sur les indicateurs de richesse, qui permettent de comparer le niveau de vie des États à une échelle mondiale et sur des critères similaires. Qu’un tel organisme se préoccupe du « bien-être », est-ce un signe prometteur de l’évolution des mentalités autour du secteur marchand, dans les données supra-étatiques ?

Les citoyens donnent leurs propres priorités

L’indice « d’une meilleure vie » permet aux internautes de lister les éléments qui sont le plus important pour eux parmi la liste suivante : logement, revenu, emploi, société, éducation, environnement, gouvernement, santé, satisfaction de vie, sécurité, équilibre vie privée/vie professionnelle. L’OCDE ne livre pas sa propre échelle de ces critères, et s’intéresse surtout à la manière dont les citoyens vont décider de classer ces différents éléments.

Pourquoi ne pas donner leur propre classement ? "Cela permettra de comprendre quelles sont les priorités des gens par sexe, âge et par pays", souligne Anthony Gooch, directeur de la communication de l’organisation. Cela donnerait la possibilité pour les citoyens d’exprimer auprès des gouvernements leurs principales préoccupations.

Des critères orientés

Reconnaissons-le : l’intention est louable et constitue un premier pas vers un détachement de la toute bienfaisante croissance économique. Introduire la notion de bien-être au sein du produit national brut, du taux de croissance, des chiffres d’affaires des entreprises, c’est bien. Mais ici, c’est mettre derrière ce terme des notions encore largement teintées de croissance économique.

Tout d’abord, les critères sont orientés vers le point de vue individuel et non le collectif. Ce qui compte, c’est davantage le bien-être de chacun. Rien ne permet de mesurer la solidarité nationale en matière de soins de santé (ce qui explique que les États-Unis soient très bien placés en la matière), aucun critère ne parle de la lutte contre la discrimination (raciale, de genre…), de la liberté politique…

L’environnement est un des onze critères, mais lorsqu’on lit la manière dont l’OCDE décrit l’environnement, il s’agit strictement de la pollution de l’air. Et quid de la pollution des sols, de la préservation des forêts, de l’agriculture biologique, etc. ?

Quelle légitimité ?

L’OCDE souhaite ainsi recueillir l’avis de la population, mais comment un organisme international peut-il toucher la majeure partie des populations de tant de pays ? Difficile de communiquer vers toutes les couches de la société : qui va obtenir cette information ? et faire le pas d’aller sur internet et remplir les critères ? La consultation reste superficielle car ce n’est pas évident non plus de critiquer l’indice et remettre en cause la manière dont il est conçu. La Belgique serait bien placée, ceci dit…

Bref, un premier pas intéressant à analyser mais certainement pas un grand pas pour l’humanité. Il reste du chemin à parcourir pour montrer que d’autres valeurs et dynamiques de société sont cruciales, comme la solidarité, l’engagement…et tant d’autres valeurs CRACS !

Laetitia Vignaud
CJC
lvignaud@cjc.be