Nucléaire, solution temporaire pour fardeau millénaire ?

Le projet de prolongation des réacteurs nucléaires Doel 1 et 2 de la ministre fédérale de l’énergie a déchaîné les passions entre majorité et opposition au cours de ces dernières semaines. Cette situation est l’occasion de se pencher sur l’avenir du nucléaire. A priori propre, la face cachée de cette énergie est nettement plus obscure et nous amène à nous poser la question : « Nucléaire, solution temporaire pour fardeau millénaire ? »

Le nucléaire, une énergie propre ?

Bon nombre de défenseurs du nucléaire mettent l’accent sur la quasi absence de rejet de gaz à effet de serre et de la petite quantité de déchet que cette énergie engendre (environ un dé à coudre par an et par habitant). Toutefois, les déchets produits par la filière nucléaire posent un problème de taille. En effet, ceux-ci sont hautement radioactifs pendant des milliers d’années. Dès lors, ils doivent rester confinés dans des endroits hermétiques et sécurisés afin d’éviter tout risque de contamination humaine et environnementale. Les déchets produits par les centrales sont de trois catégories en fonction de leur niveau de radioactivité : faiblement, moyennement et hautement radioactifs. En Belgique, depuis la mise en service des premières centrales dans le milieu des années 70, plus de 20.000 m³ de déchets radioactifs ont déjà été engendrés. Ceux-ci sont centralisés sur le site de Belgoprocess (Dessel) chargé de l’entreposage et du suivi dans le temps des déchets nucléaires en attendant une solution durable. Les experts belges en la matière n’ont pas encore trouvé d’alternative quant au devenir de ces rebus. Depuis les années 70, ils étudient la possibilité d’enfouir des déchets radioactifs dans une couche d’argile profonde, mais sans résultats probants à ce jour. Cette solution a déjà été testée en Allemagne et le résultat est catastrophique. Les autorités allemandes avaient décidé d’enterrer leurs fûts radioactifs dans une ancienne mine de sel réputée pour sa stabilité géologique. Toutefois, au fil des années, les éléments se sont réveillés et les parois des galeries se sont mises à bouger entraînant des infiltrations et un risque d’effondrement. Les 130.000 fûts enterrés vont donc devoir être remontés un par un au risque de contaminer l’écosystème.

Et le coût dans tout ça ?

Pour assurer le stockage, la gestion, le traitement des déchets et le futur démantèlement des centrales, les producteurs et les consommateurs paient une provision nucléaire calculée en fonction du nombre de KWH produits/consommés. Le problème, c’est qu’actuellement, il est impossible de calculer, à priori, le montant nécessaire à cette opération. Toutefois, on constate que, chez nos voisins français qui sont en train de démanteler plusieurs centrales, les coûts sont en train d’exploser. A l’heure actuelle, les frais s’élèvent déjà à un demi-milliard d’Euros pour une seule centrale et ce, alors que l’opération de démontage du cœur du réacteur (zone la plus radioactive) n’a pas encore commencé. A ces sommes pharaoniques, viendront s’ajouter les frais de maintenance et de stockage qui dureront, si aucune autre solution n’est apportée, des milliers d’années. En outre, ce type d’opération prend du temps. Les travaux de la centrale de Chooz près de Givet sont en cours depuis près de 20 ans et se poursuivront au moins jusque 2035. L’énergie nucléaire, vantée pendant des décennies comme économique, montre aujourd’hui le revers de sa médaille. Bien que les coûts de productions soient deux fois moins élevés que les énergies renouvelables, le coût de ses déchets pèsera encore sur des générations entières. Et, il est fort à parier que les cimetières nucléaires se transformeront en gouffres financiers sur un lit de « tsunami » écologique potentiel.

Et moi dans tout ça ?

En Belgique, plus de 50% de la production électrique est issue de l’énergie nucléaire produite par sept réacteurs nucléaires (4 à Doel et 3 à Tihange). Il paraît impossible de pouvoir se passer de l’énergie nucléaire du jour au lendemain. Toutefois, en tant que citoyen responsable, posons-nous chacun la question : « Les choix que je pose aujourd’hui peuvent-ils peser sur les générations de demain ? » tout en méditant ce petit proverbe « La liberté de l’un ne s’arrête-t-elle pas où commence celle de l’autre ? » …

Guillaume Hannecart
Animateur pédagogique
guillaume.hannecart@resonanceasbl.be

Pour approfondir le sujet :
- Complément d’enquête Nucléaire, la catastrophe qui change tout
- Site officiel de l’ondraf (organisme en charge de la gestion des déchets radioactifs belges)
- C’est pas sorcier sur le traitement des déchets nucléaires
- C’est pas sorcier sur le fonctionnement des centrales nucléaires