Nouvelle génération : Pirate ou Partageur de culture ?

La thématique du piratage sur le web est un sujet qui flirte souvent avec l’actualité. Pourtant, ce sujet reçoit rarement, voir jamais, un traitement de fond. Les raccourcis vont bon train sur ce sujet : entre le point de vue des majors qui réduisent cette problématique à un acte de piraterie et les médias traditionnels qui dans l’ensemble véhiculent cette vision... Mais le terme « piratage » est-il vraiment adéquat pour qualifier tout téléchargement ?

Pas facile de se faire une opinion sur le sujet en survolant les médias. La presse traditionnelle se contente de reproduire les chiffres des ayants droit et des majors, et reprend également le discours ambiant à savoir que l’utilisateur lambda est un pirate, un voleur. Dans ce discours, la faute de l’effondrement des chiffres de ventes de CD incombe presque toujours aux utilisateurs qui se « procurent gratuitement et sans beaucoup d’effort » les produits culturels.

Ce changement de pratiques des utilisateurs vient de la nouvelle génération. Pour les majors, ce sont les jeunes, les « digitales natives » qui n’ont pas conscience de la réalité de l’investissement de l’industrie culturelle, bref que les jeunes sont des pirates sans peur et sans reproche !

Qu’est-ce qu’un pirate ?

Pourtant, quand on réfléchit un peu plus loin que le bout de son nez, on se rend vite compte que cette terminologie de pirate est un sacré raccourci. Analysons la définition du mot pirate. Celle du dictionnaire Larousse nous donne ceci : « Personne qui pille, s’enrichit des dépouilles d’autrui ». Par extension, les pirates actuels sont des « personnes qui pillent les ouvrages des autres en copiant ou en démarquant ». La définition du mot « piller » est d’origine guerrière. « Piller », c’est « s’emparer des biens qui se trouvent dans un lieu en causant des dommages, en usant de violence ».

Mais en allant plus loin, les « digital » pirates pillent, c’est-à-dire volent en copiant. Et c’est ici que se trouve toute l’ambigüité, voire la malhonnêteté de ce discours. Car voler, c’est soustraire, c’est priver quelqu’un de quelque chose. Ce sont bien les arguments avancés par les maisons de disque. Mais comment se fait-il qu’un CD coûte aussi cher en 2011 qu’en 2001 (environ 25 euros) alors qu’un DVD est passé de 45 euros à parfois moins de 5 euros ? Pourtant, les personnes intervenant dans le processus sont plus nombreuses... De plus, le téléchargement légal reste fort onéreux. Pourquoi payer presqu’aussi cher un fichier mp3 qu’un CD alors que les frais d’impression, de gravure et de distribution n’entrent pas en ligne de compte ? En outre, le travail des maisons de disques est volontairement réduit par les dirigeants. De plus en plus, les maisons exigent que les maquettes qui leur sont envoyées soient déjà des enregistrements studios. Or, cela n’entre-t-il pas dans leurs compétences intrinsèques ?

Vol ≠ copie

Dans les différentes techniques de téléchargement, que ce soit l’utilisation des « torrents » ou du « direct dowload », les fichiers sont partagés. Nous ne sommes pas dans un principe de rareté, mais dans un principe d’abondance. Au lieu d’être conservés par leurs propriétaires, ces médias (films, musique...) sont partagés avec le plus grand nombre. Par cette analyse, j’éclaire le processus malhonnête des grandes majors, d’une partie des médias et des politiciens qui réduise la jeune génération (et les autres) à de vulgaires voleurs, n’ayant aucune conscience.

Par cet article, je ne veux pas cautionner aveuglement le téléchargement sans rétribution aux ayants droit, mais je veux faire prendre conscience de jeux de mauvais langage qui stigmatisent les nouveaux amateurs et consommateurs de la culture d’aujourd’hui. C’est pourquoi je vous conseille de regarder ce documentaire RiP : remix manifesto. Clair et complet, ce documentaire fait prendre conscience des enjeux du droit d’auteur sous un angle moins conservateur et plus actuel.

Ambroise Thomson
ambroise@volontr.be