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Selon nous
Ne dites plus Père Damien…
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16/10/2009

16/10/2009

… mais bien Saint Damien de Molokai. Le premier Belge canonisé aura passé les seize dernières années de sa vie comme un des seuls compagnons des lépreux exilés sur cette île. Car, de tout temps, la lèpre n’a pas été que souffrance physique. Comme bien d’autres maladies, elle a aussi été synonyme d’exclusion sociale…


Une petite île paradisiaque. 28° toute l’année. L’Océan Pacifique d’un bleu profond. Une végétation luxuriante. Molokai.

Mais surtout la lèpre. Une maladie terrible, mutilante, parfois mortelle. Et incurable à l’époque, surtout dans un archipel reculé du Pacifique. Dans les années 1870-80, Hawaii est alors un royaume indépendant (il ne sera annexé – c’est le mot – par les Etats Unis qu’en 1893, quatre ans après la mort du Père Damien). Mais les voyageurs d’horizons divers que s’y sont succédés y ont amené des maladies inconnues jusque là des Hawaiiens. Dont la lèpre. Et devant l’ampleur de l’épidémie, le royaume se résigne donc à la stricte quarantaine de ces malades sur une partie isolée d’une des îles qui le composent.

C’est dire que de partir en mission dans ces contrées n’étaient pas une mince affaire. Et mettre sa vie au service de ces malades que personne d’autre n’aurait voulu approcher est clairement digne d’éloges. Cette ultime solidarité humaine méritait donc bien d’être reconnue par l’Eglise, et c’est enfin chose faite depuis le 11 octobre.

Qu’on soit croyant ou non, l’action de Damien force le respect. Car elle a donc mis en lumière cet aspect d’exclusion radicale surimposé à la souffrance physique des malades. A côté de la dignité rendue aux malades, le rayonnement de son engagement à Molokai a aussi donné un fameux coup d’accélérateur à la prise de conscience dans les pays qui s’en étaient à peu près débarrassé que la lèpre faisait encore bien des ravages dans d’autres parties moins privilégiées du monde. Les choses s’améliorèrent lentement au cours du 20e siècle, au cours duquel d’autres personnalités se sont aussi penchés sur le sort de ces infortunés (dont Mère Teresa ou un jeune Che Guevara). Aujourd’hui, la lèpre n’a toujours pas disparu, même si elle est à présent guérissable par antibiotiques. Elle reste cependant un problème de santé publique dans plusieurs pays, notamment en Inde et en Afrique centrale, mais cette fois pour des (scandaleuses) raisons économiques. Car les médicaments ont un coût…

D’autres maladies ont eu des trajectoires similaires dans l’histoire : typhus, choléra, tuberculose, poliomyélite… Et bien sûr la maladie emblématique de notre temps : le tristement célèbre SIDA, d’autant plus stigmatisé de par certaines des façons de le transmettre. A chaque fois, le rejet, la stigmatisation, voire la honte avant que le progrès de la médecine ne permette de sauver… les moins déshérités. Mais pour les autres, la lutte contre la contagion, un facteur décisif pour endiguer les épidémies, passe encore trop souvent par l’exclusion plutôt que la prévention ou l’amélioration de l’accès aux soins.

Pour certaines tendances chrétiennes, Saint Damien de Molokai est parfois considéré comme le saint patron des exclus de ces maladies « honteuses ». Alors, en guise de petit coup de coude à celui qui vient de le canoniser, pourquoi pas à l’avenir des préservatifs estampillés Action Damien à côté des célèbres marqueurs ?…

Benoît Lambo
blambo@cjc.be



Photos

haut : domaine public

milieu : Christophe S. H. S.

sous licence Creative Commons 2.0 by-nc-nd

bas : Tom Eppenberger

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