Nan mais allo quoi ? T’as une école et t’enseignes pas à tes jeunes ?

JPEG Eduquer, enseigner sont deux termes bien distincts. Eduquer a une valeur plus large reconnue par différentes instances internationales. Enseigner possède une vertu plus fine et pointue qu’est la transmission des savoirs. Dans les deux cas, l’Ecole et ses acteurs devraient en profiter largement. Quelle société voulons-nous ? Quels projets pour celle-ci ? Comment combattre cette crise économique ? Investir à bon escient dans l’École, l’Enseignement n’est-il pas le bon pari ?

Des réflexions s’installent…

Fin mars, huit villes du pays sont le théâtre de manifestations de jeunes étudiants francophones et néerlandophones qui militent pour un enseignement de qualité. Cette revendication est légitime. Investir dans l’enseignement, c’est rentable à moyen, à long et même à court terme rappelle l’OCDE.

Car si l’enseignement est une matière qui, depuis 1989, relève de la compétence des Communautés, cela doit être un enjeu politique national.

Les divers projets du Ministre Jean-Claude Marcourt tant sur la refonte de l’enseignement supérieur que sur la réforme de la formation initiale des enseignants montrent à souhait la nécessité de donner les moyens à l’École pour que nos jeunes étudiants soient mieux encadrés et formés. Ces moyens sont de l’ordre du financement pour la rénovation et la construction de bâtiments scolaires ainsi que de la valorisation salariale des enseignants. En France, une nouvelle École se met en place, également.

Comme on le voit la marmite Ecole bouillonne à différents niveaux pour le bien de chacun, pour une Ecole et un enseignement adaptés.

Valoriser, respecter le jeune qui apprend et son prof

Des mesures importantes ont le vent en poupe pour le moment dans l’enseignement comme le nombre d’élèves par classe, la question de la nécessité du redoublement, le regroupement d’institutions, le coût des études, l’installation des caméras de surveillance, l’augmentation des ‘pions’, l’information et l’orientation des études, le décret inscription… L’essence même de l’enseignement n’est pas là. Il se trouve dans la transmission des savoirs, dans une nouvelle approche où l’enseignant n’est plus le seul à déblatérer son savoir, ses connaissances. L’enseignement doit se vivre en fonction de l’évolution des outils utilisés (comme les cours numériques) par les jeunes et pour les jeunes. Une adaptation s’impose. En pédagogie ces conceptions s’affrontent encore : l’enfant est-il un vase vide à remplir avec des connaissances objectives sur le monde ou est-il l’acteur de la construction de ses connaissances selon « l’auto-socio-construction des savoirs » ? Il s’agit de passer d’un acte de gavage (l’éducation confondue avec l’instruction) à un processus de libération des qualités des élèves, d’une pédagogie de l’entonnoir à une de l’action.

Cette nouvelle approche du savoir fondée sur le dialogue, sur le sens de la découverte personnelle, sur le développement de l’esprit d’analyse et du sens critique, sur l’éveil de la curiosité intellectuelle fera que le jeune deviendra un acteur actif de son développement. Cette exigence devrait permettre de réinstaller l’enseignement dans l’ordre du désirable, de ce qu’on aime, et pas de ce qu’on rejette. En 2013, l’enseignant n’est plus là comme autorité intellectuelle mais plutôt comme un accompagnateur, un facilitateur pour le jeune. Il est là pour l’élève et non pour lui-même. L’enseignant doit revenir au centre des préoccupations du politique tant dans sa formation, dans sa revalorisation salariale que dans une nouvelle reconnaissance de la société. En classe, il doit pouvoir donner le goût d’apprendre, de chercher, de construire pour que l’apprenant soit acteur de ses démarches, de ses découvertes. Tout ceci doit pouvoir se faire dans un cadre accueillant, confortable et propice à la réflexion.

Donner à chacun l’occasion de venir à l’école pour apprendre, découvrir, partager et construire un savoir et, ce dans un cadre agréable pour tous. Certains en doutent mais enseigner est un vrai métier. Pourtant, l’enseignant se fait rare. Sans profs, pas de formation. Sans formation, pas d’avenir. Sans avenir, une société se meurt. C’est une société qui ne sait plus vivre ses projets pour faire face aux enjeux quotidiens et futurs. Peut-on l’accepter quand on se veut CRACS ?

Jean-Philippe Schmidt
Détaché Pédagogique
jpschmidt@cjc.be