« Minerais du sang » : l’Amérique latine elle-aussi concernée !

Depuis près de 20 ans, le continent africain focalise l’attention des observateurs internationaux (journalistes, chercheurs, ONG) qui étudient et dénoncent les liens existants entre l’exploitation des minerais et la dynamique des conflits (guerres civiles, rébellions armées, etc.). Les cas des « diamants du sang » (Sierra Leone, Liberia, Angola) ou du coltan congolais ont déjà fait beaucoup parler d’eux. l’Amérique latine, qui regorge elle-aussi de ressources minières, est à son tour touchée par le phénomène. Comment expliquer cette inquiétante nouvelle ? En quoi sommes-nous concernés ?

Exploitation artisanale et « militarisation » de l’économie

Le financement de groupes armés grâce aux minerais est souvent rendu possible lorsque leur exploitation se fait de manière « artisanale », c’est-à-dire quand le minerais est extrait de la terre non pas via des moyens mécaniques industriels mais par la seule force de travail des mineurs. Cette forme d’exploitation apparaît dans certains pays en raison de la faiblesse de l’État : instabilité politique, manque d’infrastructures de transport et de communication, etc. Vu que l’État a du mal à contrôler les territoires miniers, les industries minières sont réticentes à venir s’y installer. L’exploitation artisanale devient alors le moyen le plus adapté, pour la population, de tirer des revenus de la richesse du sous-sol. Lorsqu’ils parviennent à « militariser » l’exploitation et la commercialisation des minerais, ce sont surtout les groupes armés qui en accaparent les bénéfices.

Des prix qui s’envolent depuis 10 ans

Le prix des matières premières sur le marché international est un autre facteur important : plus le prix est haut, plus l’espoir de gain pour les mineurs artisanaux augmente et plus l’activité minière artisanale se développe. Prenons par exemple le cas de l’or : son prix a été multiplié par 7 en 10 ans ! Alors qu’une once d’or valait 280 dollars en 2000, il atteignait plus de 1 900 dollars en septembre 2011. La plupart des métaux ont connu des hausses de prix importantes ces dernières années (cuivre, étain, coltan notamment), même si la tendance est généralement moins forte que pour l’or. Cette envolée des prix explique que l’exploitation artisanale soit (à nouveau) attractive et retrouve vigueur dans différents pays.

Le cas de la Colombie : après la drogue, les minerais

La Colombie connaît depuis plusieurs décennies un grave conflit interne qui oppose l’armée gouvernementale, des guérillas marxistes (dont les fameuses FARC [1]) et des groupes paramilitaires (opposés aux guérillas marxistes). Depuis les années ’80, les guérillas marxistes et groupes paramilitaires, qui contrôlent une partie importante du territoire colombien, se sont financés grâce au commerce de la drogue (« narcotrafic »), principalement grâce à la culture de la coca (à partir de laquelle est fabriquée la cocaïne). Selon un récent rapport du Centre International Toledo pour la paix (CITpax), l’extraction illégale d’or serait à présent devenue la principale source de revenus des groupes armés colombiens. Ce phénomène s’explique en grande partie par la baisse de la production de la cocaïne colombienne (-72% depuis 2001). Selon ce même rapport, 8 provinces colombiennes (sur 32) seraient concernées par l’exploitation artisanale illégale et 86% de l’or produit en Colombie en serait issus. D’autres minerais financeraient également les acteurs du conflits : le tungstène, le coltan et les émeraudes.

Que faire ?

Nos pays industrialisés sont parmi les premiers consommateurs des minerais exploités et commercialisés illégalement par les groupes armés. Nous avons donc une part de responsabilité dans les crimes qu’ils commettent. Mais que faire ? En tant que citoyen, nous devons continuer à nous informer sur le phénomène et à en informer notre entourage. Nous devons aussi interpeller nos représentants politiques pour qu’ils agissent et empêchent que des « minerais du sang » soient impunément vendus chez nous.

Frédéric Triest
Commission Justice et Paix Belgique francophone
frederic.triest@justicepaix.be



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[1Forces Armées Révolutionnaires de Colombie