Mesquin, volubile et anonyme

Balancer des mesquineries, bien planqué derrière son ordinateur de façon anonyme, c’est facile. L’internet offre d’innombrables espaces où chacun peut déverser ses pensées en voilant son identité. Mais quand il s’agit d’engager clairement son nom pour défendre une opinion et se mettre à nu, pas évident ! Comment passe-t-on de spectateur à critique acerbe ? Comment la vitesse des communications aujourd’hui affecte-t-elle la qualité de nos échanges ? Est-on dans une spirale négative de l’échange ?

Les mis-à-nu devant les planqués…

L’offre médiatique de la dernière décennie a consacré un concept : la télé-réalité. Le terme recouvre plusieurs types d’émissions dont le degré d’immersion des participants diffère selon le genre. Mais le point commun : élever la représentation individuelle au sommet de la couverture médiatique, pour le pire et… et surtout pour le pire.

Tandis que la télé tend à multiplier le nombre de visages et de noms de quidams nationaux (un seul pays est-il épargné par cette tendance ?), les spectateurs également internautes se font une joie de commenter à qui mieux mieux les tribulations de leurs concitoyens dans les situations les plus incongrus. Mais si les télévisés sont identifiables par leur nom, leur ville ou village d’origine, les spectateurs se délectent du spectacle en grignotant leur pop-corn bien planqués, anonymes, derrière l’intimité de leur salon.

Pourtant, et ce, quel que soit l’émission ou l’actualité que l’on examine, cela n’empêche pas grand monde de commenter à grands mots et grands cris sur les nombreux espaces web offerts à cet effet. Les sites internet des journaux ou chaînes de télévision servent de déversoirs intempestifs à lecteurs, internautes et téléspectateurs insatiables en commentaires.

L’immédiateté contre la réflexion ?

Pourtant, ce n’est guère nouveau que la voix des personnes recevant le message soit entendue et publiée par les médias. Mais alors qu’avant, il fallait rédiger une lettre, prendre le temps de la relire, l’envoyer, ici le temps est réduit. Et avec moins de préparatifs, également moins de réflexion ! Certes, la spontanéité n’est pas une mauvaise chose. Mais lorsqu’on est engagé émotionnellement dans ce que l’on a pu lire ou voir, il est opportune de prendre le temps de la réflexion et « digérer » les informations reçues. Cela permet aussi de construire son discours de réaction et comprendre pourquoi cela nous touche, de façon positive ou négative !

Être CRACS, c’est aussi éviter de foncer tête baissée. Restons critiques et alertes, oui ! Mais prenons le temps d’en parler de façon collective et trouver les meilleures manières de réagir à ce qui nous interpelle, nous enthousiasme ou nous met en colère.

Laetitia Vignaud
Chargée de communication
lvignaud@cjc.be