Lire et écrire, des compétences pas si basiques que ça !

Alors que le suivi scolaire et la réussite des enfants sont d’actualité ces jours-ci… Un sujet bien plus préoccupant est au cœur de ce décryptons. En effet, en 2015, en Belgique, on estime qu’un adulte sur dix éprouve des difficultés à lire et à écrire. Ces données sont une estimation car l’on ne possède pas de chiffres exacts sur le sujet (cfr tableau ci-dessous). C’est ce que l’on appelle l’illettrisme ou l’analphabétisme. Tout d’abord, il est utile de distinguer ces deux termes. L’illettrisme est le fait de ne pas savoir lire ou écrire alors que l’on a suivi un parcours scolaire. D’après les enquêtes PISA, 28% des jeunes de 15 ans ne comprennent pas ce qu’ils lisent. L’analphabétisme est, quant à lui, la difficulté à savoir lire, écrire ou calculer par manque d’apprentissage et toucherait environ 10% de la population.

L’analphabétisme aujourd’hui

Quand on parle d’analphabétisme, on pense souvent aux personnes qui viennent d’arriver en Belgique et qui ne maîtrisent pas encore notre langue. Détrompez-vous, l’analphabétisme touche aujourd’hui autant de personnes qu’il y a de diversité et les personnes défavorisées financièrement sont les premières concernées. Elles se retrouvent quotidiennement confrontées aux difficultés de trouver un emploi, sans maitriser les compétences de bases qui leur permettront de répondre aux procédures administratives et de recrutement qui ne tiennent pas compte des difficultés en alphabétisation. Dès lors, pour essayer de remédier à cette situation, différentes associations œuvrent quotidiennement auprès de ces publics en vue de les accompagner dans leur apprentissage. Ainsi, Lire et écrire, créée en 1983 par ATD Quart monde, les mouvements ouvriers chrétiens, socialistes ou d’autres encore, proposent différentes activités destinées à ce type de public mais éditent également des publications en vue de sensibiliser et d’informer le grand public sur cette réalité.

Des jeunes qui ne maitrisent pas les compétences de bases

Aujourd’hui, il arrive que certains jeunes sortent de l’enseignement secondaire en sachant à peine décrypter un texte ou en ne sachant pas calculer… A l’heure de l’école de la réussite pour tous, ce phénomène est plus qu’interpellant. Comment ces jeunes arrivent-ils à passer entre les mailles du filet ? Quelles causes peuvent expliquer ce phénomène ? Quel est le rôle des parents ? Autant de questions auxquelles il apparaît difficile de répondre.

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Un élément de réponse serait lié à l’origine sociale de ces jeunes et de leurs familles. En effet, les parents, qui ne maîtrisent pas l’écrit et la lecture, éprouvent souvent des difficultés à accompagner leurs enfants dans leurs apprentissages et à leur donner confiance. Souvent comme de nombreux pédagogues et sociologues l’ont compris (citons, notamment, Bourdieu), ces parents estiment que l’école représente le meilleur endroit pour apprendre et qu’ils ne disposent pas des compétences suffisantes pour accompagner leurs enfants. Ce qui pourrait, au premier abord, passer pour un désengagement est, en fait, une confiance « totale » en l’école ; ils sont également conscient de l’importance du temps que leur enfant y passe afin d’apprendre ce qu’ils ne peuvent leur transmettre. Cette confiance se traduit également dans le crédit que les parents accordent à l’orientation scolaire proposée par l’école en fin d’année. De nombreux jeunes sont ainsi réorientés vers le spécialisé, les filières techniques ou professionnelles, non pas par choix ou motivation, mais parce qu’ils ont des difficultés à lire, comprendre une consigne et y répondre correctement.

Cette actualité autour de la suppression éventuelle des devoirs peut, dès lors, sembler futile pour certains mais elle soulève pourtant un problème de société bien plus important : « comment accompagner chaque enfant au maximum de lui-même pour qu’il acquiert les compétences de base peu importe son origine sociale ? »

Car apprendre à lire et à écrire c’est aller au-delà d’une compétence de base, c’est donner l’accès, l’occasion à chacun de s’émanciper, de donner sa voix, de s’exprimer, de devenir acteur CRACS dans la société.

Débora Ghislain
Permanente pédagogique – Résonance asbl
debora.ghislain@resonanceasbl.be