Lettre d’une Italienne à sa maman : «  N’aie pas peur….  »

Chère Mamma,

Aujourd’hui, je t’écris à nouveau une lettre mais cette fois, ce n’est pas une lettre d’amour et de remerciement, celle que tu as un peu pris l’habitude de recevoir dans ta boite aux lettres avec un petit timbre international. Cette fois-ci, ce sont des lignes écrites avec le cœur juste pour te rassurer.

Les choses à Bruxelles vont bien  : et oui, tu as pu connaitre une Bruxelles différente que celle décrite, pour l’instant, par les médias, comme le «  Nouveau Bronx  », une Bruxelles qui se renferme, une Bruxelles crispée autour d’une angoisse non exprimée, une Bruxelles sidérée et aux rues remplies de militaires. En quelques jours, au nom du devoir de protection, Bruxelles n’était plus Bruxelles  : pas de marchés bruyants et multiculturels, pas de cinémas, pas de spectacles de théâtre, pas de cours dans les écoles, pas de gens dans les rues… et dire que la capitale belge est reconnue pour son style de vie détendu, pour ses rassemblements pacifiques, ou encore son multiculturalisme.

Tout d’un coup, toutes les beautés de cette ville cosmopolite ont basculé en laissant la place à la peur, l’angoisse, la terreur. La peur qui nous a paralysé : rester immobilisé chez soi à réfléchir sur nos vies, à suivre assidûment les news, à penser différemment …

En peu de temps la panique a pris le dessus, elle nous a conduits à des comportements et des idées extrêmes parfois peu rationnels et peut-être même à des situations plus angoissantes que celles qui étaient à l’origine de cette peur.
Et dire, chère Mamma, que la peur est un sentiment naturel : on a le droit d’avoir peur. La peur n’est qu’un sentiment d’anticipation qui informe nos cœurs et nos têtes d’un danger potentiel, de quelque chose qui pourrait survenir dans un avenir plus ou moins proche. Il s’agit d’une réaction innée pour se protéger, une émotion subjective. C’est l’évaluation et la perception que l’on se fait du danger qui conditionnent nos réactions : dès lors, si les dangers ne sont pas perçus comme tels, la peur n’est pas fondée.

Mais les médias, en nous bombardant d’informations, peuvent également influencer la perception que l’on se fait des événements ?

C’est la peur et la sensation d’insécurité, continuellement nourries par des images, des vidéos, les partages sur les réseaux sociaux des différents attentats et des possibles répercussions sur la vie quotidienne, qui nous déstabilisent et qui ne font qu’amplifier les préjugés et les stéréotypes.

A travers cette diffusion en boucle, on se renferme, on ne partage pas nos sentiments terrifiés, on reste dans la perception et non dans la réalité. Nos besoins de se mettre en sécurité nous-mêmes et nos proches nous poussent à imaginer l’inimaginable.
A-t-on vraiment besoin de tout ça  ? A-t-on besoin d’imaginer le pire, de renoncer à vivre nos vies sereinement ou encore à partager des moments précieux avec les personnes qu’on aime  ?

Mamma, je suis convaincue que non. La vie nous amène parfois à faire face à des difficultés que nous n’avions même pas imaginées. Nos têtes et nos cœurs refusent de penser à la peur de ce qui peut arriver.

Si du jour au lendemain, l’annonce du départ pour un long voyage sans retour d’une personne proche et aimée reste pour nous, êtres humains, «  inimaginable  », réfléchir à un départ collectif reste encore plus difficile et terrifiant.

C’est le constat et le refus d’imaginer le pire qui réveille notre peur : nous sommes confrontés brutalement à une perte à laquelle nous ne sommes pas préparés.
Que faire  ? Vivre dans le vide, dans l’angoisse de la mort ? Je préfère encore vivre de petits bonheurs, contribuer à la construction d’une société plus juste et démocratique, consacrer du temps à agir et réagir selon les valeurs et l’éducation que toi, Mamma avec dévotion, tu m’as transmises.

L’envie de réaction se manifeste aussi dans la culture et les traditions  : l’ouverture à l’autre et à la différence, la rencontre, l’affirmation de valeurs, la raison et le bon sens mèneront à une véritable solution sur le long terme et permettront de dépasser ces sentiments de peur et d’angoisse.

Mamma, je suis sûre que grâce à tes enseignements et ceux de Papa, je pourrai, dans mon petit quotidien, contribuer à renforcer les valeurs d’amour, d’honnêté et de respect tout en aidant mes proches et en regardant le futur avec confiance.

Encore une petite chose, rassure toi  : à Bruxelles, je ne suis pas seule, les messages d’amis s’accompagnant souvent d’un «  N’aie pas peur, Giovanetti  ».

Katia Giovanetti
Collaboratrice administrative et financière à l’asbl Résonance
katia.giovanetti@resonanceasbl.be