Les réseaux sociaux rendraient-ils indifférents ?

« Triste… », « Encore de mauvaises nouvelles » ou « tu resteras toujours dans mon cœur », les « posts » des réseaux sociaux (Facebook, Twitter ou Instragram) renforceraient l’empathie chez certains jeunes. Dans le cas contraire, il reste à réapprendre qui est l’internaute derrière l’écran.

Selon le Larousse, l’empathie est la « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent ». Cette faculté n’est pas innée, elle s’apprend tout au long de sa vie. Selon le rapport réalisé par la Pew Research en janvier 2015, « l’utilisation des nouvelles technologies, notamment l’envoi des messages, la publication de photos ou le profil sur un réseau social, pourrait encourager l’empathie, principalement à l’égard des proches ».

Sur le fil d’actualité de Facebook (réseau encore le plus utilisé aujourd’hui), l’internaute découvre une série de messages qui concernent la vie des autres. Il développerait, grâce à cela, un taux de compassion plus important que ceux qui n’utilisent pas les réseaux sociaux. Les femmes (13%) prendraient davantage conscience que les hommes (8%) des événements stressant des proches.

Je te like, tu me likes ?

Cette compassion n’est pas toujours exprimée de manière explicite sur internet. Si parfois les « likes » et commentaires sont « le signe d’une reconnaissance mutuelle » d’après Serge Tisseron, pédopsychiatre, ce n’est pas toujours le cas. Cela peut même engendrer certaines frustrations.

Par ailleurs, certains internautes exposés à des messages de l’ordre de l’intime, s’ils ne s’en amusent pas, se sentiraient parfois gênés, mal à l’aise ou agacés par ceux-ci. En devenant malgré eux public de la vie privée des autres. D’où l’idée d’apprendre qu’Internet est destiné à tous, sans exception.

De plus, si la compassion est la réaction spontanée de certains internautes, elle ne se conçoit pas sans son pendant plus négatif : la moquerie. Certains n’hésiteraient en effet pas à se moquer, blesser, commenter méchamment ou encore poster des photos sans permission du principal intéressé. Ces actions prenant place dans un renforcement du sentiment de collectivité face à une personne perçue comme différente. Loin de valider cette idée d’écarter quelqu’un du groupe, elle serait, pour Bruno Humbeeck (UMons), par exemple de manière mesurée et éphémère, indispensable dans la construction d’une société.

Reconsidérons toutefois la notion de renforcement de groupe lorsque cela se passe sur la toile. Tout d’abord, l’écran amenuise les règles tacites de vivre ensemble habituellement admises dans notre société (ce qu’on peut dire ou pas dire, ce qu’on peut faire ou pas faire). Ensuite, les messages sur Internet s’adressent à tout le monde et restent pour toujours. Difficile donc d’essayer de mesurer l’ampleur d’une diffusion avant de poster un message.

De l’empathie contre la moquerie

Cependant, à côté des abus, des vagues de solidarité prennent forme. On a vu récemment sur la toile l’histoire d’un Londonien : Sean, quadragénaire bien-portant, s’est vu devenir la risée de la toile après que des internautes aient posté une photo de lui en train de danser. Mais la plaisanterie a pris une autre tournure. D’après le DailyMail, « de nombreuses femmes ont décidé de le retrouver, non pas pour se moquer, mais pour lui organiser une petite fête ».

L’empathie dont a fait preuve cette cohorte féminine a modifié le ton des propos et le traitement de la situation. Elle découle d’un apprentissage, qui permet souvent avec une simple question - « si c’était moi ? » - de resituer le propos.

A cela s’ajoute l’approbation ou désapprobation sociale. Les moqueries s’arrêtent souvent lorsque les autres internautes réagissent, soit en limitant le partage de la vidéo (sans liker, sans commenter) soit en réprimant le message. D’où l’importance, dans un Internet où il n’y a pas de contrôle organisé, d’agir en tant qu’internaute actif avec l’idée que derrière chaque écran, il y a un être humain avec des émotions et des sentiments.

Sophie Lapy
Chargée de projets multimédias chez ACMJ.
Sophie.lapy@acmj.be