Les jeux sont faits … rien ne va (vraiment) plus ?

« Bingo ! On fait la belle au Pay Gow ?
« Je suis décavé, tu m’as destacké… Ou alors un small stakes »
« Banco ! Mais tu n’es qu’un low roller. »

Dialogue énigmatique, ce court échange serait davantage parlant pour les amateurs de jeux de hasard. Simple distraction pour certains, le risque de dépendance aux jeux est pourtant présent si l’on n’y prend pas garde. La jeunesse n’en est pas exempte, et la prévention à ce sujet doit faire l’objet d’une réflexion [1] à part entière. Mais qu’en est-il réellement ?

Jeux dangereux ? Tu bluffes

Le 18 mars 2015, la Députée wallonne et Cheffe de groupe cdH au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Marie-Martine Schyns, interpellait la Ministre de la Jeunesse, Isabelle Simonis, sur « les actions préventives et l’existence de données actualisées mesurant l’ampleur du phénomène » de l’accessibilité des jeux de hasard aux plus jeunes. D’après cette dernière « bien que la loi interdise aux jeunes de moins de 18 ans de prendre part à ces jeux, il est apparu que, sur près de 2.700 élèves francophones et néerlandophones de primaire et de secondaire entre 10 et 17 ans, plus d’un jeune sur sept jouait pour de l’argent. » En effet, plusieurs études du Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs (CRIOC) révèlent que les jeunes commencent à jouer à des jeux d’argent à partir de 13 ans en moyenne, et ce de manière régulière. Si pour certains il s’agit d’un moyen de s’amuser, pour d’autres, il est plutôt question de palier l’ennui en cherchant à vivre des émotions stimulantes comme la prise de risque et l’excitation. Mais comme pour d’autres addictions, le joueur ne se rend pas toujours compte de la perte de contrôle à laquelle il s’expose et de la place qu’occupe cette dépendance dans sa vie.

Jackpot mon pote ?

Si de prime abord, le jeu ne présente pas de danger dans le cadre, par exemple, d’une soirée entre amis, il peut insidieusement se muter en une assuétude néfaste. De manière très brève, on peut résumer les phases de l’émergence de la dépendance aux jeux par le triptyque « gain – perte - désespoir » toujours renouvelé par un désir de tenter sa chance. Et c’est là que le jeu peut devenir périlleux : quand il ne s’agit plus d’un plaisir mais d’un besoin, quand l’espoir du gain devient déraisonnable et que cela met à mal la vie sociale du joueur. L’aspect social, c’est justement ce qui caractérise un nouveau type de jeu dit « social games », sortes de petites applications vidéo-ludiques au potentiel addictif fort. Les mécanismes de création de ces jeux sont calculés afin de favoriser la « viralité » (la propagation d’un jeu à travers les réseaux sociaux) et la « rétention » (la maximisation de l’envie des utilisateurs de rejouer), ce qui n’est pas sans risque pécuniaire pour l’usager qui sera tenté de payer pour débloquer de nouvelles fonctionnalités. Mais les messages préventifs ne sont-ils pas trop rares pour attirer l’attention des jeunes sur les facteurs de risque pourtant définis que sont par exemple la simplicité des règles de jeu, l’illusion de contrôle, la durée ou la fréquence de jeu, etc. ? Et que dire des émissions télévisées qui sous l’apparence d’un jeu d’observation, de devinette ou de culture générale sont de véritables pièges commerciaux dans lesquels les jeunes peuvent aisément tomber s’ils n’ont pas été sensibilisés à leur méfaits ?

Game is over ?

Prenons un peu de recul et posons-nous la question suivante : que faire pour que le jeu reste un plaisir ? Peu importe le type de jeu, il ne doit en aucun cas devenir un centre d’intérêt exclusif. Car c’est bien là que tout se joue : garder une ouverture sur l’environnement et considérer ces divertissements comme des activités parmi d’autres n’est-elle pas la meilleure option ? En somme, agir en usager responsable qui conserve son sens critique. Si cela peut être plaisant de combler les petits temps creux du quotidien avec ce type de jeux, ne perdons pas de vue l’intérêt de vivre des expériences collectives et de participer à des actions qui provoquent l’engouement des jeunes autrement que par le biais d’un rapport gain/perte.

Nicolas Kovacs
Chargé de projets et relations extérieures
nkovacs@cjc.be

[1À cet effet, la Commission des jeux de hasard édite un kit pédagogique (https://www.gamingcommission.be/opencms/opencms/jhksweb_fr/protection/BLUF/) composé d’un film, d’un jeu de société et d’un dossier pédagogique très complet dont sont issues certaines informations du présent article.