Les jeunes veulent une voix !

Le Conseil de la jeunesse de la communauté française (CJCF) est élu. Il s’agit de l’organe d’avis officiel et de représentation des jeunes en Belgique francophone. Il doit porter la parole des jeunes et défendre leur intérêt en négociant directement avec les hommes et femmes politiques du pays. Il représente aujourd’hui 4.033 jeunes ! Ces jeunes ont voté tout au long du mois de novembre pour renouveler l’Assemblée Générale du CJCF ! C’est donc reparti pour deux ans de bons et loyaux services… mais au service de qui finalement ?

Le CJCF a pour vocation de représenter les 700.000 jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les 4.033 votes validés font pâle figure en regard du potentiel d’électeurs ou même des quelques 300.000 jeunes issus des 92 organisations de jeunesse reconnues par la Fédération Wallonie Bruxelles. Avant la réforme de 2009, le CJCF s’appelait CJEF et la jeunesse dite organisée était représentés de façon automatique en son sein. Aujourd’hui, l’élection de l’Assemblée générale (50 élus) se fait sur base de l’élection directe des jeunes.

En notre qualité de Fédération d’organisations de jeunesse, nous souhaitons réagir à ces élections. En effet, nous estimons que sous sa forme actuelle, le CJCF ne répond plus suffisamment à ses missions.

L’objectif du décret qui instaure le CJCF est de représenter les jeunes, tous les jeunes. Le président du CJCF est d’ailleurs appelé « Le Président des Jeunes ». Au regard des résultats électoraux, le CJCF est loin d’atteindre cet objectif : manque de représentativité de tous les jeunes par la prépondérance d’universitaires et de Bruxellois, 20% des élus sont issus des jeunesses politiques, ou encore l’absence de représentation directe des organisations de jeunesse qui sont pourtant, de par leurs missions décrétales, de potentiels réceptacles et relais de la construction collective de la parole des jeunes qu’elles accueillent.

Au regard du dispositif électoral mis en place, le risque est grand que les 50 membres de cette Assemblée Générale ont davantage été élus grâce à la mobilisation de leur réseau que par la défense de leurs priorités. Plusieurs candidats sont en effet élus par « paquet ». Parmi les treize premiers de la liste OJ/CJ, nous constatons des élus issus des mêmes associations qui obtiennent des scores assez proches. Ce phénomène s’explique par la procédure de vote : l’électeur doit épuiser 10 votes en tout ! Cette élection est par conséquent assez fastidieuse. Elle se déroule en deux temps : d’abord l’électeur vote sur la page internet du CJCF, ensuite, il doit confirmer son vote en cliquant sur un lien reçu par e-mail. Signalons que certains électeurs n’ont reçu ce lien de confirmation que le dernier jour du vote en soirée !

La campagne électorale menée par l’équipe de permanents du CJCF a bien essayé de toucher les jeunes « chez eux ». Cependant, privilégier principalement les villes universitaires, forcément, cela biaise quelque peu le résultat. Plus de 60 % des élus sont étudiants voire universitaires ! Alors bien sûr, entre 16 et 30 ans, de nombreux jeunes sont étudiants… mais pas tous. Cela dénote d’une vision qui cantonne les jeunes au statut d’étudiant.

D’autre part, il existe une prépondérance de jeunes issus des grandes villes : 21 des 50 élus viennent de Bruxelles. Il faudra être vigilant à ce que les problématiques qui touchent particulièrement les milieux ruraux, la mobilité, l’accès à l’emploi dans ces régions, soient abordées au sein du CJCF.

Le CJCF doit représenter l’intégralité des jeunes résidant en Fédération Wallonie-Bruxelles. Très bien ! Il doit donc permettre aux jeunes d’exercer un rôle de contre-pouvoir face aux politiques menées à leur égard. Dans la pratique, cette volonté louable est mise à mal. En effet, parmi les élus, près de 25 % (soit 12 personnes sur 50) font partie des jeunesses politiques ou participent directement à la vie politique (mandataires communaux, membre d’un cabinet ministériel, …). Que ces jeunes soient engagés, c’est génial ! Cela démontre leur volonté de s’investir dans la société. Néanmoins, le CJCF n’a pas la vocation de confronter les positions des différents partis politiques. Au contraire, il doit être envisagé comme un lieu indépendant de veille et de vigilance citoyenne. Leur implication pose ainsi la question des conflits d’intérêt qui peuvent naitre entre les positions politiques des partis et la vision des jeunes au sein du CJCF.

Autant le dire, le CJCF sous cette forme ne nous plait pas. 50 élus choisis sur photo et par réseau, cela ne correspond pas à la légitimité accordée par le décret à la structure. Cette dernière doit être revue pour remplir ces missions. Selon le Youth Forum (plateforme des Conseils de la jeunesse en Europe), le CJCF ne correspond plus aux critères des conseils nationaux de la jeunesse. En effet, ces conseils doivent être ouverts et représenter toutes les organisations de jeunesse du pays. Or, au CJCF la place de l’associatif « jeune » n’est pas garantie ! Les jeunes sont censés être issus de ces organisations de jeunesse mais aucune vérification n’est prévue en amont et ils ne représentent pas celles-ci directement. La confection des listes reste quant à elle assez nébuleuse.

Le Conseil de la Jeunesse Catholique et les 100.000 jeunes qu’il représente à travers 18 organisations et associations membres souhaite que le travail au sein du CJCF soit productif et constructif et s’effectue en toute indépendance politique. Nous souhaitons que ces jeunes élus donnent les impulsions nécessaires au CJCF pour initier sa réforme tant sur le plan de sa composition que sur le plan de la procédure électorale en vigueur. Le Conseil de la Jeunesse Catholique veillera à ce que les thématiques chères aux jeunes de ses organisations de jeunesse continuent à être discutées au sein du CJCF. Leur parole « associative » ne doit pas être ignorée.